vendredi 21 janvier 2011

La masterisation demande des ajustements, selon l'Élysée. « Un aveu d'échec », pour l'Unsa, le Sgen et la FSU


« La masterisation est une réforme très importante, elle demande des ajustements, des adaptations. Il est temps d'être plus ouvert qu'au début de la réforme », indique à AEF l'entourage du président de la République, jeudi 20 janvier 2011. Lors de ses voeux au monde de la connaissance et de la culture, mercredi 19 janvier, Nicolas Sarkozy a déclaré, à propos de la récente réforme de la formation et du recrutement des enseignants : « Je pense qu'il ne faut pas avoir peur de reconnaître qu'il faut améliorer notre système » (AEF n°144003). 


Selon l'Élysée, l'intervention de Nicolas Sarkozy vise le développement des masters en alternance : « C'est une sorte d'encouragement » dans cette voie, souligne un conseiller. De même, les masters disciplinaires actuellement proposés par les universités, ne « sont pas très adaptés aux professeurs des écoles ». « Les deux ministres (Luc Chatel et Valérie Pécresse) devraient rapidement revoir les présidents d'université pour faire progresser l'offre de formation aux métiers de l'enseignement ». De manière générale, « la façon dont s'articulent les stages avec la formation universitaire est à améliorer », souligne l'Élysée. « Il n'y a aucune remise en cause des principes de la masterisation : l'élévation du niveau de recrutement des enseignants, et l'allongement de la durée d'études », insiste l'entourage du Président.

Nicolas Sarkozy a également « insisté sur le fait que la revalorisation enseignante a pour une grande partie, déjà eu lieu », souligne l'Élysée, rappelant qu'un milliard d'euros, « hors GVT et hors point » ont été redistribués aux enseignants depuis 2007. Interrogé sur le fait que cette revalorisation s'est faite « sans contrepartie », l'entourage du président répond que les enseignants ont hérité d'un « volant beaucoup plus important de nouvelles missions », via le développement des heures supplémentaires. 

RÉACTIONS

Les déclarations de Nicolas Sarkozy ont suscité de nombreuses réactions parmi les syndicats de l'éducation : la FSU, l'Unsa-Éducation et leSgen-CFDT avaient boycotté la cérémonie des voeux, dénonçant la politique budgétaire du gouvernement, et l'absence de dialogue social (AEF n°143923) et (AEF n°143913).

Pour la FSU, le discours de Nicolas Sarkozy « est la reconnaissance que l'actuelle réforme de la formation des enseignants n'est pas satisfaisante et qu'elle ne répond ni aux besoins de formation des futurs enseignants, ni aux enjeux de formation de tous les jeunes. ». La FSU se dit « disponible pour participer à une remise à plat qui permettrait de mettre ces propositions en débat ».

Pour le Snuipp-FSU, « cette annonce sonne comme un véritable désaveu de sa propre politique ! Il reconnaît que la suppression de la formation professionnelle et l'affectation des professeurs stagiaires devant élèves sans véritable formation sont calamiteuses ». Le Snuipp « attend maintenant avec impatience de connaître le calendrier et les modalités de discussions. Il aura de nombreuses propositions à formuler ». « Il ne suffira pas 'd'améliorer le système' selon l'expression du Président, il sera essentiel de repenser en profondeur ce que doivent être les masters comme l'entrée dans le métier, pour mettre en place une véritable formation professionnelle au sein des IUFM », prévient le syndicat enseignant du premier degré. 

Pour l'Unsa-Éducation, le président de la République a reconnu « implicitement l'échec de la 'mastérisation Darcos' de la formation des enseignants ». La fédération et ses syndicats « attendent maintenant des deux ministères concernés (Éducation nationale ; Enseignement supérieur et Recherche) un calendrier et des contenus de discussion concernant la formation des futurs enseignants des écoles, collèges, lycées. » L'Unsa-Éducation liste plusieurs sujets à traiter « au fond » : « les questions des contenus des concours comme ceux des formations, la formation des formateurs, la place des IUFM (dans une logique de mutualisation des compétences entre universités d'une même académie), et la situation des stagiaires après concours ».

Le Sgen-CFDT « se réjouit de cet aveu » présidentiel. « La seule façon de rendre possible la mise en place de masters, prenant vraiment en compte la préparation progressive au métier, était de placer, comme nous le demandions, les épreuves d'admissibilité des concours en fin de M1, et de consacrer l'essentiel de l'année de M2 à la préparation d'épreuves d'admission à forte dimension pédagogique », observe le syndicat.

« Les décrets et le maintien d'épreuves de concours très disciplinaires ont délibérément empêché ce choix », regrette le Sgen. L'amélioration de la formation des enseignants « suppose que deux conditions au moins soient réunies au plus vite : l'abrogation des décrets de juillet 2009, et le rétablissement d'une véritable année de formation en alternance des fonctionnaires stagiaires après leur réussite au concours ».

« En application de la volonté du président, le ministre doit annoncer le plus vite possible que dans tous les cas où la titularisation posera problème, les stagiaires se verront proposer une année de prolongation de stage et un accompagnement renforcé », conclut le Sgen-CFDT.

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