jeudi 16 juin 2011

Alain Refalo, «enseignant du primaire en résistance» et initiateur du mouvement des enseignants-désobéisseurs


Alain Refalo, «enseignant du primaire en résistance» et initiateur du mouvement des enseignants-désobéisseurs, adresse un réquisitoire cinglant à Luc Chatel, accusé malgré les 17.000 recrutements annoncés de «démanteler l'école publique».

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L'exigence de vérité commande de prendre à nouveau la parole pour mettre en accusation les fossoyeurs de l'école publique, au premier rang desquels celui qui a en charge le ministère de l'Education Nationale. L'annonce de l'embauche de 17 000 «enseignants» par le biais de Pôle Emploi, alors que 16 000 postes de titulaires sont supprimés révèle, une fois encore, la supercherie et l'imposture d'une politique misérable qui sacrifie une génération d'élèves sur l'autel des restrictions budgétaires et d'une idéologie des puissants qui ont programmé la mort du service public d'éducation. C'est désormais une évidence: ce ministère a renoncé à tous les principes éthiques et déontologiques qui lui assuraient une légitimité pour être la voix de l'Education Nationale.  
J'accuse le ministre de démanteler l'école publique en rayant de la carte 1 500 classes à la prochaine rentrée scolaire et en supprimant 16 000 postes d'enseignants, tout en privilégiant les embauches de personnes précaires non formées.
J'accuse le ministre de mentir à l'opinion publique, aux parents d'élèves et aux enseignants en faisant croire qu'il est possible de faire mieux avec moins, en clamant que l'école publique remplira mieux sa fonction avec moins d'enseignants qualifiés et plus d'élèves en difficulté dans les classes.
J'accuse le ministre de conduire une politique éducative réellement assassine qui, par des «réformes» irresponsables, tue le métier d'enseignant, tue le désir d'enseigner, tue le plaisir d'apprendre et finalement tue l'école de la République.
J'accuse le ministre d'avoir rompu durablement, après les désastreuses initiatives de son prédécesseur, l'indispensable lien de confiance entre l'autorité hiérarchique, l'encadrement intermédiaire et les enseignants du primaire, lien de confiance sans lequel il est impossible de construire quotidiennement une école du progrès pour tous.
J'accuse le ministre de double langage sur le droit à l'innovation pédagogique dans les classes et les écoles: d'un côté, il l'encourage, forums institutionnels à l'appui, de l'autre il le brime en imposant des programmes rétrogrades, des évaluations nationales formatées et des dispositifs de «soutien» en trompe-l'œil qui ont pour effet de standardiser les pratiques des enseignants au mépris de la liberté pédagogique garantie par la loi.
J'accuse le ministre de non assistance à professeurs en danger lorsqu'il les laisse seuls et désemparés affronter incivilités et violences ou lorsqu'il fait peser sur eux un stress permanent via un management de la hiérarchie aux injonctions souvent contradictoires.
J'accuse le ministre de mépriser les jeunes enseignants lorsque, sans aucune formation pédagogique et professionnelle, il les envoie «désarmés» et à leurs risques dans «l'arène» de la classe, négligeant les conséquences pour leurs élèves.
J'accuse le ministre de refuser d'investir dans l'éducation à la non-violence dès l'école en préférant les mesures dites «sécuritaires» qui insécurisent durablement les personnels et les élèves car elles montrent chaque jour leur totale inefficacité.
J'accuse le ministre de mener une politique qui porte atteinte aux droits de l'enfant en autorisant le fichage informatisé des élèves dès la maternelle, par le biais du fichier Base Elèves et du Livret Personnel de Compétences, outils illégitimes et illégaux du contrôle social des populations.
J'accuse le ministre de vouloir influencer la jeunesse de ce pays en imposant à la rentrée prochaine le retour de la phrase de morale écrite sur le tableau noir ainsi que l'apprentissage et le chant de La Marseillaise, alors que c'est d'éducation citoyenne dont nous avons besoin pour construire l'indispensable vivre-ensemble pour une société réellement solidaire.
J'accuse le ministre de vouloir caporaliser les enseignants du primaire en exigeant leur obéissance inconditionnelle à des injonctions hiérarchiques qui constituent un reniement de l'éthique de leurs missions.
J'accuse le ministre d'ordonner aux inspections académiques de poursuivre les enseignants du primaire en résistance, de sanctionner les enseignants-désobéisseurs, tels François Le Ménahèze à Nantes, symbole remarquable de la résistance éthique et responsable aux dérives et mensonges d'une hiérarchie incompétente.
J'accuse enfin le ministre de se mentir à lui-même et de porter tort à la fonction qu'il occupe.
Nul ne saurait emprisonner indéfiniment les consciences. Aujourd'hui, celles-ci sortent progressivement de leur léthargie. Cette indignation éthique qui monte représente une formidable espérance. Elle annonce la révolte salutaire dont notre société a plus que jamais besoin pour dessiner l'à-venir de notre école sous les couleurs de la générosité, du respect et de la solidarité.


Réseau des enseignants du primaire en résistance http://resistancepedagogique.org/site/


Blog Résistance pédagogique pour l'avenir de l'école http://resistancepedagogique.blog4ever.com/blog/index-252147.html

vendredi 21 janvier 2011

La masterisation demande des ajustements, selon l'Élysée. « Un aveu d'échec », pour l'Unsa, le Sgen et la FSU


« La masterisation est une réforme très importante, elle demande des ajustements, des adaptations. Il est temps d'être plus ouvert qu'au début de la réforme », indique à AEF l'entourage du président de la République, jeudi 20 janvier 2011. Lors de ses voeux au monde de la connaissance et de la culture, mercredi 19 janvier, Nicolas Sarkozy a déclaré, à propos de la récente réforme de la formation et du recrutement des enseignants : « Je pense qu'il ne faut pas avoir peur de reconnaître qu'il faut améliorer notre système » (AEF n°144003). 


Selon l'Élysée, l'intervention de Nicolas Sarkozy vise le développement des masters en alternance : « C'est une sorte d'encouragement » dans cette voie, souligne un conseiller. De même, les masters disciplinaires actuellement proposés par les universités, ne « sont pas très adaptés aux professeurs des écoles ». « Les deux ministres (Luc Chatel et Valérie Pécresse) devraient rapidement revoir les présidents d'université pour faire progresser l'offre de formation aux métiers de l'enseignement ». De manière générale, « la façon dont s'articulent les stages avec la formation universitaire est à améliorer », souligne l'Élysée. « Il n'y a aucune remise en cause des principes de la masterisation : l'élévation du niveau de recrutement des enseignants, et l'allongement de la durée d'études », insiste l'entourage du Président.

Nicolas Sarkozy a également « insisté sur le fait que la revalorisation enseignante a pour une grande partie, déjà eu lieu », souligne l'Élysée, rappelant qu'un milliard d'euros, « hors GVT et hors point » ont été redistribués aux enseignants depuis 2007. Interrogé sur le fait que cette revalorisation s'est faite « sans contrepartie », l'entourage du président répond que les enseignants ont hérité d'un « volant beaucoup plus important de nouvelles missions », via le développement des heures supplémentaires. 

RÉACTIONS

Les déclarations de Nicolas Sarkozy ont suscité de nombreuses réactions parmi les syndicats de l'éducation : la FSU, l'Unsa-Éducation et leSgen-CFDT avaient boycotté la cérémonie des voeux, dénonçant la politique budgétaire du gouvernement, et l'absence de dialogue social (AEF n°143923) et (AEF n°143913).

Pour la FSU, le discours de Nicolas Sarkozy « est la reconnaissance que l'actuelle réforme de la formation des enseignants n'est pas satisfaisante et qu'elle ne répond ni aux besoins de formation des futurs enseignants, ni aux enjeux de formation de tous les jeunes. ». La FSU se dit « disponible pour participer à une remise à plat qui permettrait de mettre ces propositions en débat ».

Pour le Snuipp-FSU, « cette annonce sonne comme un véritable désaveu de sa propre politique ! Il reconnaît que la suppression de la formation professionnelle et l'affectation des professeurs stagiaires devant élèves sans véritable formation sont calamiteuses ». Le Snuipp « attend maintenant avec impatience de connaître le calendrier et les modalités de discussions. Il aura de nombreuses propositions à formuler ». « Il ne suffira pas 'd'améliorer le système' selon l'expression du Président, il sera essentiel de repenser en profondeur ce que doivent être les masters comme l'entrée dans le métier, pour mettre en place une véritable formation professionnelle au sein des IUFM », prévient le syndicat enseignant du premier degré. 

Pour l'Unsa-Éducation, le président de la République a reconnu « implicitement l'échec de la 'mastérisation Darcos' de la formation des enseignants ». La fédération et ses syndicats « attendent maintenant des deux ministères concernés (Éducation nationale ; Enseignement supérieur et Recherche) un calendrier et des contenus de discussion concernant la formation des futurs enseignants des écoles, collèges, lycées. » L'Unsa-Éducation liste plusieurs sujets à traiter « au fond » : « les questions des contenus des concours comme ceux des formations, la formation des formateurs, la place des IUFM (dans une logique de mutualisation des compétences entre universités d'une même académie), et la situation des stagiaires après concours ».

Le Sgen-CFDT « se réjouit de cet aveu » présidentiel. « La seule façon de rendre possible la mise en place de masters, prenant vraiment en compte la préparation progressive au métier, était de placer, comme nous le demandions, les épreuves d'admissibilité des concours en fin de M1, et de consacrer l'essentiel de l'année de M2 à la préparation d'épreuves d'admission à forte dimension pédagogique », observe le syndicat.

« Les décrets et le maintien d'épreuves de concours très disciplinaires ont délibérément empêché ce choix », regrette le Sgen. L'amélioration de la formation des enseignants « suppose que deux conditions au moins soient réunies au plus vite : l'abrogation des décrets de juillet 2009, et le rétablissement d'une véritable année de formation en alternance des fonctionnaires stagiaires après leur réussite au concours ».

« En application de la volonté du président, le ministre doit annoncer le plus vite possible que dans tous les cas où la titularisation posera problème, les stagiaires se verront proposer une année de prolongation de stage et un accompagnement renforcé », conclut le Sgen-CFDT.

samedi 8 janvier 2011

Les stagiaires du second degré sont bien "en difficultés" estime un rapport du ministère

Expert reconnu de la formation des enseignants, Jean-Louis Auduc analyse le rapport sur l'accueil des enseignants stagiaires du second degré. A la différence du premier degré, où les stagiaires ont eu généralement un délai d'adaptation , les enseignants du second degré ont généralement été envoyés directement dans les classes. Et cela génère de nombreuses souffrances.


Une étude réalisée par La Direction Générale des Ressources Humaines (DGRH) du ministère de l’Education Nationale sur les premiers mois d’exercice des professeurs stagiaires 2010-2011 reconnait « des difficultés » principalement centrées sur les stagiaires du second degré. Cette enquête a porté sur toutes les académies à l’exception de la Guadeloupe et de Montpellier.