mardi 27 avril 2010

Cohabilitation des masters de formation des enseignants


....  Je souhaite le mettre en débat dans un premier temps au sein du collectif. Il s'agit de la coupure déjà repérée il y a 10 ans entre IUFM et Université, "les formations étant souvent réparties entre les deux institutions et non conçues et construites en coopération" (je cite un des points du mémorandum). On aurait pu penser que l'intégration à l'université était censée, entre autre, pallier ou mieux encore résoudre ce problème. Les conventions interuniversitaires élaborées à cette occasion et présentée au CNESER allaient dans le sens de l'instauration d'une politique de site concertée tout comme la mastérisation de la formation des enseignants qui constituait un véritable enjeu de l'intégration.

Or, il n'en est rien. L'intégration à une seule université a exacerbé les concurrences interuniversitaires sous fond de LRU et de baisse d'effectifs et, la mise en marche forcée d'une réforme scandaleuse, nocive et inapplicable entraîne, surtout pour le second degré, des stratégies locales de récupération de formations bricolées dans un existant parfois moribond. Il s'agit pour les uns comme pour les autres de survivre et/ou de reprendre la main. La qualité et la pertinence de la formation passe après.Ainsi, les débats non tranchés à l'échelle nationale comme à l'échelle académique relatifs à un cadrage décent, lisible et cohérent (toute proportion gardée compte tenu du caractère inapplicable de la réforme) des masters censés préparer aux métiers de l'enseignement ont conduit les acteurs à tenter de régler localement ces questions. En fonction des contextes et des rapports de force locaux, mention, spécialités ou parcours fleurissent ça et là dans une même académie. La situation est confuse, chaotique et bien souvent les logiques de territoires l'emportent largement sur les logiques de mission. Sous fond de LRU et de RCE, la concurrence, pas toujours loyale, à tous les niveaux est devenue le principe organisateur et mobilisateur.

Intégrés depuis peu à l'Université, les IUFM, écoles internes professionnelles de formation d'enseignants et de CPE, ont été jetés dans la fosse aux lions. Après la phase de révolte et d'indignation, on assiste aujourd'hui à un repli sur soi. La souffrance des personnels, maintes fois dénoncée notamment au cours des dernières réunions de la CNFDE est bien réelle. Elle passe trop souvent sous silence dans un déni collectif assourdissant, insupportable. Se taire, c'est être complice.

En Midi-Pyrénées, l'IUFM a été intégré dans une université à dominante SHS et ALL. Les filières STS, longtemps convoitées, sont devenues aujourd'hui la proie de l'autre université qui avait candidaté pour intégrer l'IUFM, l'Université Paul Sabatier qui refuse obstinément et sans argumentation valable toute cohabilitation des formations préparant aux métiers de l'enseignement. La troisième université (DEG) a accepté la cohabilitation reconnaissant les apports complémentaires et insdispensables de l'IUFM.

Cette position de principe relative à une habilitation conjointe des formations est pourtant préconisée pour le développement des politiques de site. Développée dans le rapport Jolion relatif au suivi des master, cette forme de collaboration repose sur un traitement équitable des différents partenaires, reconnaissant leur existence et identité propres et complémentaires. Elle est garante d'une égalité de droits et de devoirs. Elle s'assortit nécessairement de conventions adaptées aux particularités locales.

Cette position de principe a été votée en conseil d'école de l'IUFM réuni en séance extraordinaire le 31 mars dernier à la demande des élus, représentant les personnels. Dans un contexte gravissime national de dégradation voire de disparition de la formation des enseignants, la cohabilitation des diplômes de masters préparant aux métiers de l'enseignement permet à l'échelle locale de maintenir une cohérence a minima dans la politique de site. Elle offre par ailleurs un certain nombre de garanties aux personnels de plus en plus inquiets en ce qui concerne notamment la pérennité des emplois et des services. Elle représente aussi la preuve d'un respect et d'une reconnaissance des missions de l'école interne et de son potentiel de formation. En ce sens, elle renferme également une valeur symbolique importante et précieuse dans le contexte de crise paroxystique actuel. Le refus systématique non argumenté de cohabiliter n'est pas acceptable pour les personnels de l'IUFM. Après le démantèlement vient l'instrumentalisation.

Du fait de l'intégration des IUFM à une seule université, cette position de principe ne devrait-elle pas être la règle à l'échelle nationale ? Elle permettrait, une fois la tempête passée, de conserver un potentiel fruit de 20 ans d'expérience afin de reconstruire, au plus tôt et à l'échelle nationale, un dispositif digne de formation des enseignants du service public.

Cette situation de refus de cohabilitation existe t-elle par ailleurs ? Le SNESup peut-il prendre une position claire et visible sur cette question ?
Marie-France CARNUS

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