mercredi 8 avril 2009

Accord de convergence sur les préparations aux concours


Relevé de
conclusions de la réunion au rectorat de Versailles du 6 avril 2009 des cinq universités de l’académie.


Sur l’invitation du Recteur, les Présidents des universités de l’académie de Versailles, université de Cergy-Pontoise, université d’Evry Val d’Essonne, université Paris Ouest Nanterre la Défense, université Paris-Sud 11, université de Versailles Saint Quentin en
Yvelines, se sont réunis au Rectorat pour définir des positions communes au cours de l’année 2009-2010 sur les formations universitaires pour les préparations aux concours de professeur de l’enseignement primaire et secondaire.

D’un commun accord, il a été convenu de ce qui suit :

  1. Les universités n’ouvriront pas en 2009-2010 de nouvelles formations de quelque type que ce soit (mention de master, spécialité, parcours de formation, diplôme d’université) préparant aux concours de recrutement des enseignants. Les étudiants désirant suivre une préparation universitaire à ces concours seront inscrits à l’IUFM, école interne de l’université de Cergy-Pontoise et pourront être intégrés dans les préparations actuellement organisées dans les universités en partenariat avec l’IUFM.
  2. Les étudiants reçus aux concours en 2010 bénéficieront automatiquement d’une autorisation à s’inscrire pour l’année universitaire 2010-2011 dans un M2 le mieux adapté à leur formation. Les étudiants admissibles en 2010, ou ayant suivi intégralement une préparation sans être admissibles, pourront être inscrits en 2010-2011 dans un M2 sur avis d’une commission pédagogique.
  3. Les relations de partenariat entre l’université de Cergy-Pontoise et les autres universités pour le fonctionnement en 2009-2010 de ces préparations (moyens humains et financiers) seront reconduites à l’identique de celles ayant cours en 2008-2009, à travers le même type de convention.
  4. Durant l’année 2009-2010, des réunions régulières associant les cinq universités et le rectorat de l’académie de Versailles seront organisées, pour conduire à une offre harmonisée et cohérente dans le cadre académique pour les formations aux métiers de l’enseignement dès que seront connues les propositions de la commission nationale de concertation et de suivi.
Réactions :

Il s'agit d'un protocole entre les 5 universités de l'académie qui je le pense:
  • 1° préserve les universités avec leurs différents contextes locaux et d'ailleurs il n'est pas évoqué le projet du "Plateau de Saclay" !
  • 2° pourrait conduire à l'élimination pure et simple de l'IUFM puisque nous sommes Cergy-pontoisés et que les impétrants pourront préparer dans les universités;
  • 3° Les M2 ne peuvent être que des masters Universitaires puisque à part Evry et V-S-Q les 3 autres n'ont pas déposées de maquettes
  • 4 ° Ce protocole s'est fait à l'initiative du recteur et lorsque l'on sait le jeu qu'il a joué dans l'intégration et les multiples promesses jamais tenues auprès des personnels ...MEFIANCE
  • 5° Cela se réalisera dans le cadre de la concertation "Darcos-Pécresse" Alors ??
  • 6° les M2 seraient alors de X sortes :
  • - les M2 normalement universitarisés
  • - les reçus aux concours ? Et les L3 (puisqu'on ne changeait rien? Les M1 + concours ? Et les M2 + au concours ? ce qui reviendrait à appliquer les réformes Darco-pécressiennes
  • - Les collés au concours? En L3? En M1? En M2? En M2 + concours?) passant après examen d'une commission pédagogique
  • 7° les questions seraient alors : le statut de cette commission pédagogique? Qui y siègerait ? Quelle validité des passages en M2? Etc..
  • 8° Ces collés iraient grossir soit le nombre des étudiants à l'université (à condition qu'ils aient les moyens d'y rester) , et sans nul doute l'agence de remplacement qui se mettrait en place
EN FIN DE COMPTE : cela m'apparaît une situation tellement complexe que vraisemblablement si on n'y prend pas garde c'est la réforme qui s'appliquera
ET ALORS ????? Attention à la poudre aux yeux jetée par cet accord ...
Marie-France Winghardt

je ne crois pas à ce scénario. Il existe deux autres possibilités, tout aussi inquiétantes.
Pour que les reçus au concours puissent intégrer une deuxième année de MAster existante, il faut que le jury de ce Master donne son accord.
  • Cela semblera le plus souvent peu probable si ceux-ci n'ont pas le M1 : dévaluation du niveau de ce Master, problème de niveau de ces candidats et problème de relations entre les étudiants normaux, et les étudiants à qui on s'apprête à donner ce Master. Les collègues universitaires ne vont pas se laisser faire, notamment dans les disciplines scientifiques.
  • Deuxième scénario possible : les IUFM adaptent les formations existantes (PE2-PLC2-CPE2-PLP2) notamment au niveau des stages, et exceptionnellement leur université intégratrice délivre un grade de Master. C'est tout aussi improbable.
  • Le troisième scénario est donc le plus probable : toutes les universités doivent créer ces nouveaux masters d'enseignement (nouvelle mention, nouvelle spécialité, nouveaux parcours), les faire passer au niveau national, et que tout soit prêt pour septembre 2010. Les Ministères auront ainsi trouvé à nous forcer à faire ce que nous n'avons pas fait cette année. Et nous ouvrirons dans un même élan en septembre 2010 les M1 et M2 de ces Masters, adaptés à la situation transitoire (cette année de M2 n'est pas une année de préparation au concours).
Bref la mastérisation serait en route .....
Thierry

Les étudiants reçus aux concours en 2010 bénéficieront
automatiquement d'une autorisation à s'inscrire pour l'année universitaire 2010-2011 dans un M2 le mieux adapté à leur formation. Les étudiants admissibles en 2010, ou ayant suivi intégralement une préparation sans être admissibles, pourront être inscrits en 2010-2011dans un M2 sur avis d'une commission pédagogique.

ça ressemble à la formule merdique mise en place par le glorieux IUFM de Reims en 2008-2009 : on a promis aux étudiants de cette année une rentrée de septembre 2009 en M2 (avec dispense de M1) et, en fin de compte, eux et leurs formateurs ont donc tous dû se plier pour rien à un dispositif en partie contraire à une bonne prépa au concours, tout cela dans un contexte de baisse dramatique du nombre des postes. Voilà qui est exemplaire de la part d'un institut de formation !

Le scénario risque d'être reconduit et élargi en 2009-2010 : au lieu de se consacrer entièrement à la prépa du concours, tous les étudiants (et leurs formateurs) vont devoir en plus se plier à un dispositif partiellement contraire à une bonne prépa, en vue de l'obtention éventuelle d'un avis favorable éventuel d'une éventuelle commission pédagogique pour un éventuel M2.

C'est un petit point pouvant paraître secondaire dans l'immense gâchis qui se profile, mais il est révélateur de la façon dont on laisse de l'intérieur détruire le service public de la formation.
Denis Delaplace

OUi, ce serait une grosse erreur pour les étudiants que de commencer à préparer autre chose qu'un concours l'année prochaine, dans la perspective d'obtenir soit-disant plus facilement une équivalence de M1 ou une autorisation à s'inscrire en M2 à la fin de l'année...
Reims n'est pas la seule université à avoir prévu dès l'année dernière un dispositif d'équivalence à la fin de l'année 2008-2009 pour que les candidats au concours puissent obtenir un M1( équivalence partielle ou totale), dans la mesure où la réforme de masterisation devait entrer en application. Cela a été prévu par le CEVU de P12 pour Créteil l'année dernière, et je crois que c'était le cas pour toutes les universités intégratrices d'un IUFM.
Cependant, la réforme ne s'appliquant pas à la rentrée 2009, ces
commissions d'équivalence n'ont plus lieu d'etre pour cette année. Et les étudiants n'ont pas été tenus de préparer autre chose que leur concours pour prétendre à ces commissions d'équivalence, au moins dans l'académie de Créteil . Il faudrait être vigilant sur ce point, ne surtout pas encourager les étudiants à s'inscrire à autre chose qu'une préparation concours l'année prochaine, sous prétexte qu'ils auraient plus facilement des équivalences.
Le communiqué de Darcos indique que la réussite au concours vaut M1, commission pour les admissibles ou recalés, comme c'était le cas pour cette année.
C'est une manière de contraindre à la mise en place de la réforme pour la rentrée 2010... mais l'expérience de cette année montre que ce type de disposition transitoire disparaît de facto s'il n'y a pas d'offre de master MEF pour la rentrée suivante...
Ce qui est plus ennuyeux dans ce courrier à propos des dispositions prises dans l'académie de Versailles, c'est le dernier point je trouve, qui laisse entendre que des "formations" aux métiers d'enseignants pourraient être mises en place dès 2009-2010 : des "stages" je suppose, qui feraient perdre du temps aux candidats aux concours sans leur apporter réelle formation... une façon d'entrer directement dans la réforme.
Le plus inquiétant restant au niveau national, et clairement annoncé par le ministre : l'obligation de faire un M2 (nouveau Master) en 2010-2011, pour les lauréats des concours qui auront leur équivalence de M1, id est allongement de la durée des études d'un an sans salaire, et stage reporté à la rentrée 2011, dans les nouvelles conditions de stage, ce qui est tout à fait injuste, et ne correspond pas à l'annonce du maintien des concours dans leurs conditions actuelles pour l'année prochaine.
Par ailleurs, les lauréats des concours 2010 ne pourraient faire leur stage en 2011 que sous réserve d'avoir obtenu leur M2 : ce qui est proprement scandaleux, conditionne la réussite à un concours à l'obtention d'un diplôme, fait sans précédent et qui montre clairement en quel estime notre gouvernement tient ces concours.
Enfin c'est une manière de réduire les effectifs de fonctionnaires-stagiaires par rapport aux places annoncées aux concours :
  • si l'on suit le texte de Darcos, les lauréats des concours 2010 qui feront leur stage à la rentrée 2010 seront les seuls inscrits aux concours déjà titulaires d'un M1 : une partie des PLC, quasiment aucun PE ou PLP, astreints au M2 l'année suivante. Très faibles effectifs donc de fonctionnaires-stagiaires à la rentrée 2010.
  • La majorité verra son année de stage reportée à 2011 et comme tous les lauréats des concours n'auront pas leur M2... moins de fonctionnaires stagiaires que de postes aux concours.
  • Rupture du lien entre réussite aux concours et postes et de belles économies sur deux ans...
M-A de Suremain, IUFM Créteil

D'accord avec le courrier de MA de Suremain je me pose depuis le début la question de la légalité de la proposition darcozyenne : les "lauréats des concours 2010 ne pourraient faire leur stage en 2011 que sous réserve d'avoir obtenu leur M2 : ce qui(...) conditionne la réussite à un concours à l'obtention d'un diplôme."
Peut-on changer la "règle" d'un concours (les diplômes requis le sont à l'inscription pas à l'obtention que je sache) ? Peut-on modifier les règles d'entrée dans la fonction publique ? Quid d'un candidat qui refuserait de s'inscrire en M2 et demanderait à bénéficier de son "stage" (terme ici impropre à mon sens ) dès la rentrée suivante ?
Voici quelques questions(il y en a sûrement d'autres liées à ce problème) sur lesquels j'aimerais des éclaircissement des plus compétents d'entre vous.
Marc Boisson

Je suis peut-être exagérément optimiste mais je ne vois pas les choses ainsi. L'idée d'une équivalence de M1 pour les lauréats des concours (reprise par le dernier communiqué de la CPU) pourrait s'entendre de la manière suivante :
  • Les jurys de masters donneraient une équivalence des ECTS de M1 aux seuls lauréats des concours, pour leur permettre une inscription en M2. Cela se fait déjà. Dans les masters professionnels, notamment, le jury peut décider de l'équivalence M1 de titres étrangers.
  • Dans les masters recherche, la plupart des universités accordent généreusement des validations d'acquis aux lauréats du CAPES et de l'agrégation, voire même aux admissibles (dispenses de séminaires, en particulier).
  • Des M2 professionnels devraient être construits pour permettre de valider par un diplôme de master l'année de formation après le concours. Il est à noter que nous ne serions pas du tout dans la même configuration que celle qui était prévue par le ministre : il n'y aurait plus de "reçus-collés", l'initiation à la recherche ne serait plus indispensable, le stage serait tout naturellement le stage en responsabilité, etc. E
  • n fait, il s'agit de reconnaître par un master la formation habituellement donnée aux enseignants (PE2, PLC2). Cela suppose en revanche qu'il s'agisse d'une véritable année de formation, avec un service en responsabilité d'environ 1/3 du service des titulaires et une formation professionnelle et disciplinaire assurée par l'IUFM et les UFR.
Dans ce cadre, la "mastérisation", au sens d'une reconnaissance du niveau bac + 5 des enseignants au moment de leur titularisation, serait assez équitable, et ne s'exposerait à aucune des critiques que nous faisons au projet Darcos. Evidemment, un tel dispositif ne permettrait plus d'économiser des postes, de former de futurs précaires et de réduire la part disciplinaire des concours, ce qui était le principal objectif du ministère. A part ça, chacun y aurait avantage :
  • candidats : concours passé après la licence, une vraie année de formation après le concours, titulaires d'un masterIUFM : conservent la formation aux concours et après les concours, reconnaissance par un diplôme de la formation professionnelle
  • UFR : participent de manière plus étroite à la formation des enseignants, les masters recherche ne sont pas vidés par le master professionnel, qui ne concerne que les lauréats des concours
Tout cela demande évidemment discussion (part de l'initiation à la recherche dans la formation, rôle respectif des IUFM et des UFR, devenir des candidats recalés). De plus, le ministère ne l'entend pas de cette oreille et il faudra lui imposer une telle solution, d'autant plus que la mastérisation des concours devrait impliquer une revalorisation générale des enseignants, ce qu'il n'a visiblement pas l'intention de faire.
Michel Bernard - Université Sorbonne Nouvelle (Paris 3)

c'est je crois la solution la plus pertinente et la seule qui casse la dualité concours - master conçus en concurrence dans l'esprit DARCOS, susceptible de porter atteinte au statut de fonctionnaires d'état des enseignants. Une crainte cependant qui mérite qu'on y éfléchisse à deux fois: que l'acceptation de l'équivalence concours M1 ne vaille que pour 1 an et que la suppression maintenue de l'année de formation sous la forme actuelle n'acte l'entrée dans la formule master avec nécessité d'un M2 bidouillé à la DARCOS pour validation du concours. Il faut obtenir des engagements écrits clairs des ministères sur la formule qu'on souhaite mettre en place.
Je pense en effet que la solution la plus simple est d'acter en M1 le concours et en M2 la validation du stage en responsabilité (c'est d'ailleurs la piste initiée par De Robien et Goulard dans le cahier des charges de la formation des maitres en Institut universitaire de formation des maîtres dans le Journal officiel du 28/12/2006, ce n'est pas si vieux!). Encore faut-il imposer le maintien du stage en responsabilité en qualité de fonctionnaire stagiaire, rémunéré en année +5.
Jean-Paul Sauvage

Réponse à Michel BERNARD

Et ce sont justement vos arguments, qui correspondent à des réalités dont je comprends parfaitement la logique, que je vais utiliser pour vous proposer de continuer notre réflexion commune. Je me permets de les numéroter, pour plus de facilité dans les références.

Argument 1

1.1 Il y a là une distorsion évidente entre la fonction officielle de l'agrégation (concours de recrutement pour l'enseignement du second degré) et son utilisation effective actuelle pour un recrutement à un autre niveau (en tant qu'agrégé d'espagnol dans une autre vie - promotion 1971- , et ancien membre de commissions universitaires de recrutement, je reconnais bien volontiers le poids décisif de ce grade dans les CV de candidats à un poste de MdC...). Et je peux aussi témoigner, en tant que formateur à l'IUFM de Paris pour toutes les langues vivantes pendant 10 années (1992-2001), que pour un bon nombre d'agrégés, l'année de formation (2e année d'IUFM) était vécue comme une corvée, a) parce qu'ils n'avaient d'emblée aucune motivation pour l'enseignement secondaire, b) parce que la réalité des exigences professionnelles dans leurs classes se révélait être à mille lieues de leur attentes.
1.2 Un certain nombre d'agrégés se retrouvent avec le statut de PRAG à l'université sans que leur formation, ni en 1e année, ni en 2e année d'IUFM, ne les a préparés ni à l'enseignement à ce niveau, ni à la recherche. Je me souviens, à l'époque où j'étais Président de l'APLV, avoir eu un rendez-vous avec un conseiller langues de Jack Lang, qui m'a demandé si mon association était favorable à ce que l'on mette à l'agrégation des options (d'un poids significatif au niveau de l'évaluation) de type "gestion d'un centre de langues universitaire", "tutorat d'étudiants". J'ai dit oui, bien entendu, avec enthousiasme. 15 ans après (calcul à la louche...), où en est-on de ces réflexions de bon sens, si effectivement (je vous cite), "nous utilisons souvent l'agrégation comme critère de recrutement des maîtres de conférences".

Au lieu de cela, nous nous retrouvons avec un double système CAPES-Agreg aberrant au niveau du secondaire (qui va soutenir sérieusement qu'un agrégé est de ce fait même, en tant que tel, plus capable qu'un certifié de motiver ses élèves et de les aider/guider dans leur apprentissage ? Je sais que certains le pensent, mais j'attends avec curiosité de voir comment ils l'argumenteraient sur cette liste de diffusion...), et complètement bancal au niveau universitaire puisque a) l'enseignement aux étudiants supposerait en aval une formation professionnelle correspondante (qu'ils n'ont pas reçue), et b) leur intégration de plein droit dans l'université supposerait en amont une formation à la recherche dont ils peuvent très bien se dispenser pendant toute leur carrière, en fonction de leur statut actuel.

Si nous voulons - comme je le souhaite moi-même - défendre le principe du "concours national" (ce qui implique une sélection nationale en fonction du nombre de postes offerts cette année-là à de futurs fonctionnaires titulaires dans telle et telle discipline), concours dont le principe s'oppose radicalement à celui de la validation universitaire (le master, dont le diplôme certifie que les étudiants ont effectivement atteint le niveau de compétence individuelle exigé par rapport aux objectifs de la formation), il va falloir que nous nous mettions urgemment, entre universitaires français, en mesure de résoudre cette squizophénie congénitale CAPES-Agreg au niveau du secondaire, et cette autre au niveau universitaire entre PRAG et Maîtres de Conférences. Parce que sans cela, nous ne pourrons pas affronter avec la moindre chance de succès les logiques européenne et mondiale à l'oeuvre. Nous allons tout droit au casse-pipe: nous ne pourrons défendre vraiment nos valeurs que si nous les nettoyons de toutes les excroissances et scories institutionnelles qui se trouvent leur être attachées historiquement, mais qui sont indéfendables en tant que telles. Vraiment, la dualité CAPES-Agreg pour le recrutement d'enseignants du secondaire... et du supérieur (parce qu'il y a aussi des professeurs certifiés titulaires à l'université, pardon, je les avais oubliés!) ça relève aux yeux des étrangers du folkore français type bérêt basque, baguette et coiffe de Pontaven.

Je veux bien défendre l'exception française (elle me paraît parfaitement légitime dans certains domaines, en particulier linguistique et culturel), mais en tant que natif du pays de Descartes, je considère qu'expliquer à des collègues européens cet invraisemblable pataquès institutionnel de la dualité CAPES-Agreg par rapport et à l'enseignement secondaire et à l'enseignement universitaire relève - je l'ai vécu à de nombreuses reprises - non seulement de la mission impossible, mais du ridicule assuré.

Bon, au début de ma réponse, j'avais prévu de reprendre chacun de vos arguments l'un après l'autre (voir ma numérotation initiale). Mais je pense que c'est inutile, parce les suivants relèvent d'une logique de rentabilisation (on dit aussi - ça fait plus politiquement correct - de "synergie") tout à fait compréhensible mais qui n'a rien à voir avec la défense de quelque conception de la formation professionnelle que ce soit: il est bien sûr intéressant pour une université de préparer aux concours d'agrégation parce que cela y assure des recrutements d'étudiants et des heures de cours; il est bien sûr intéressant pour des universitaires de faire des recherches et de proposer des ouvrages sur les sujets d'agrégation parce que cela leur permet à la fois de préparer leurs cours, de publier, et de se faire un (tout petit) peu d'argent. Ca ne prouve rien ni quant à l'intérêt de la formation en tant que telle ni quant à son adéquation par rapport aux besoins du système éducatif et de la société.

"Dans nos pratiques universitaires, nous accordons une certaine importance aux concours de recrutement", comme vous l'écrivez avec un grand sens de l'euphémisme, et par ailleurs vous vous interrogez sur "la distinction curieuse entre CAPES et agrégation": si je mets en relation ces deux énoncés, oui, je pense, comme vous l'écrivez aussi par ailleurs, que "nous avons beaucoup à discuter entre nous".

Nous avons tout à y gagner, et tout à y perdre si nous ne le faisons pas: il me paraît évident que face aux logiques gouvernementale et européenne à l'oeuvre, les "dispositifs actuels" de formation professionnelle des enseignants français, comme vous les nommez, ne tiennent pas la route. La grande difficulté de la sortie de crise actuelle réside dans le fait que l'exigence de leur reconduction pour les deux années prochaines vaut pour certains perpétuation, et pour d'autres transition.

Je peux vous assurer qu'il n'y aura pas perpétuation, et que (pardonnez le final un peu grandiloquent, mais ma spécialité, c'est l'histoire de ma discipline, la didactique des langues-cultures, et j'ai pu y vérifier la loi), la seule manière de ne pas se faire balayer par l'histoire est de la faire soi-même.


Christian Puren

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