jeudi 2 avril 2009

31 mars : Après les déclarations des ministres


Communiqué du SNEP-FSU


Intensifier la mobilisation, diversifier les moyens d’action

Suite aux rencontres avec les organisations syndicales, X.Darcos vient d’adresser un communiqué à la presse, affiché en catimini sur le site du ministère, sans que les organisations syndicales de la FSU n’en soient destinataires.

Le SNEP FSU considère que si sur certains points, ce texte confirme des bougés obtenus par les luttes sans précédents et les pressions des organisations syndicales, il n’acte pas l’ensemble des éléments qui avaient été annoncés oralement en réponse aux exigences de la FSU, en particulier sur le maintien des moyens pour faire fonctionner les IUFM. Il fait le choix de maintenir le flou, sur le devenir de certains étudiants (par exemple ceux qui auraient été admissibles l’an dernier et qui n’auraient pas repassé le concours cette année), sur la formation continue durant l’année post-concours pour des candidats de l’année prochaine.

La proposition faite pour l’inscription à la rentrée 2009 et sur la suite des études, si elle maintient provisoirement le rôle des IUFM, n’en reste pas moins illisible et incohérente pour les étudiants et les formateurs. Les reçus de 2010 doivent l’être dans les mêmes conditions que cette année.

La commission dite de « concertation » ne contiendra pas de membres des syndicats représentatifs qui ne seront que consultés. Le SNEP rappelle sa volonté d’une véritable concertation.

La dernière phrase du communiqué peut entériner un clivage entre formation professionnelle et formation disciplinaire, ce qui serait contraire à l’évolution des conceptions en matière de formation.

Enfin l’imprécision sur le dispositif d’aide aux étudiants laisse entier le problème de l’accès des jeunes des couches les plus défavorisées aux métiers de l’enseignement, qui nécessiterait notamment la mise en place de pré-recrutements.

Ce communiqué ne saurait dissiper les inquiétudes légitimes de l’ensemble de la communauté.

Le SNEP considère que cela renforce la nécessité de maintenir la mobilisation à un haut niveau pour obtenir l’abandon de la réforme prévue et prendre le temps de bâtir une « bonne » réforme de la formation des enseignants. Il appelle les enseignants, formateurs, universitaires, ainsi que les étudiants, à intensifier leur mobilisation notamment ce jeudi 2 avril et à diversifier les moyens d’action, pour que le bon sens s’impose enfin.

Lettre du SNESUP


Après avoir concédé l’ouverture des inscriptions en IUFM dans des conditions similaires à celles de 2008 pour des concours maintenus à l’identique, le ministère de l’éducation nationale a fait paraître un nouveau communiqué sur son site sur le recrutement et la formation des enseignants.

Le SNESUP ne peut que se scandaliser de son contenu. En dépit de la mobilisation continue et massive des personnels et des étudiants, le ministère s’entête à détailler une mise en oeuvre de « sa mastérisation » qu’il souhaite mettre en oeuvre dès septembre 2009.

D’annonces en annonces, le ministère de l’éducation nationale construit un véritable mécano qui compromet la prochaine rentrée en IUFM et dans les UFR.
Les reçus aux concours 2010, primo candidats, non titulaires de M1,ne pourraient garder qu’une seule année le bénéfice de leur réussite et seraient recrutés en 2011 comme enseignants stagiaires que sous réserve d’avoir obtenu un M2 (sans que soit précisée la nature de ce master).

Le ministère refuse une année de formation en alternance rémunérée après le concours et annonce maintenant que pour 2/3 de leurs obligations de service, les stagiaires devront prendre en responsabilité une ou des classes et pour 1/3 de leur temps recevront une « formation continue renforcée ».

Le Ministère prévoit enfin une commission de concertation sur le recrutement et la formation qui consultera les organisations représentatives.

Les enjeux pour l’Ecole ainsi que la complexité du dossier « recrutement et formation des enseignants » sont tels que les ministères de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur et de la recherche doivent réunir tous les acteurs de la formation, pour trouver dans un calendrier raisonnable, des accords préalables avant tout groupe de travail sur les points suivants :
  1. le cadrage national de la formation ;
  2. l’offre de formation sur tout le territoire ;
  3. l’existence et la place des concours nationaux ouvrant à des postes d’enseignants dans une fonction publique d’Etat ;
  4. le contenu des formations disciplinaires et professionnelles ;
  5. l’articulation avec la recherche ;
  6. la place des différents acteurs de la formation ;
  7. le rôle et l’avenir des IUFM ;
  8. le financement des études et le statut des stagiaires ;
  9. la poursuite de la formation (formation continue, études doctorales, concours internes…).

Le SNESUP s’est toujours inscrit dans une véritable perspective d’élévation et d’amélioration de la formation des enseignants et demande aux ministres de prendre en compte l’opposition de la communauté à a réforme dite de mastérisation .

C’est pourquoi, le SNESUP exige le retrait de ce projet de réforme et,outre l’annonce du statu quo pour la préparation et les concours 2010, le maintien de l’année de stage des lauréats de 2010.

Après cette clarification, une véritable concertation avec tous les acteurs concernés doit être possible.

Le SNESUP appelle à la manifestation du 2 avril et soutient tous les acteurs de la formation en lutte sous des formes riches et inventives : nuits, printemps des chaises rondes…
Communiqué de l'UNSA

La fédération a insisté sur l'intérêt de mettre en œuvre une réelle formation professionnelle des enseignants sanctionnée par un master. En revanche, elle a rappelé aux ministres les raisons de son opposition aux concours en cours de M2 (deuxième année de master) et souligné la nécessité de placer les concours en fin de M1 (première année de master). L'architecture du dispositif auquel s'accroche encore le gouvernement ne convainc ni les universitaires, ni les autres formateurs, ni les responsables ou connaisseurs du terrain.

L'UNSA Éducation a insisté sur l'utilité de faire jouer aux IUFM, intégrés désormais dans les universités, tout leur rôle, y compris dans une logique de mutualisation et de mise en réseau, en s'appuyant les compétences qu'ils ont su développer comme sur leur maillage territorial (antennes départementales).

Pourquoi nous devons continuer à nous battre
contre cette réforme de "mastérisation" qui n'est qu'un désengagement de l'Etat dans sa mission de formation des enseignants par Nicole Orthous

Une université autonome pourrait bien assurer la formation des maîtres, la formation à n'importe quel métier. La réforme consiste à avoir des étudiants dans les universités et à valider leur cursus par un diplôme. Rien ne dit qu'ensuite ils auront un poste, une titularisation, un statut de fonctionnaire d'Etat.

Vouloir "sauver" les IUFM, ce n'est pas demander à conserver une institution détestée (certains de plaisent à le rappeler) dont on dit je ne sais quelles horreurs (de la part de personnes qui ne manquent pas d'exiger, pour d'autres objets, des sources, des études, des références et des évaluations sérieuses, des travaux scientifiques). Défendre les IUFM, c'est affirmer qu'il faut conserver une école de formation (et de préparation aux concours) qui accueille les candidats à un concours national et les lauréats d'un concours national, professeurs stagiaires, pour les former au métier d'enseignant.

La réforme est un désengagement de l'Etat. Désengagement territorial, financier, tutélaire. La réforme de l'université aussi. Pour un pays comme la France, autonomie
est synonyme de privatisation. "Les acteurs pleins et entiers de la formation initiale et continue"... que seront les universités, cela vient tout naturellement dans la bouche de Darcos. Il s'agit, pour lui, d'appliquer le processus de Lisbonne.

On se réfère à Lisbonne comme si c'était une catastrophe naturelle à laquelle on ne peut rien. Le processus de Lisbonne n'est pas une catastrophe naturelle! Notre lutte devra remonter loin.

Pour l'instant, il s'agit de gagner un peu de temps. Quand l'Europe se réveillera... Elle aura été rongée par un libéralisme brutal dont on observe déjà assez la nocivité pour être certains d'avoir raison de lutter contre lui.

C'est pourquoi je ne pense pas qu'il soit temps de négocier. C'est pourquoi il m'est assez indifférent que l'on dise que les enseignants sont corporatistes, qu'ils sont en conflit les uns contre les autres selon leurs qualifications et le lieu où ils travaillent. C'est pourquoi il faut impérativement empêcher que le début du quart de la moitié du processus de la réforme Darcos s'enclenche.

Derniers soubresauts d'un monde où les Lumières auront tenté d'éclairer les Hommes? Ou magnifique réveil, enfin, de peuples mieux éclairés qu'il n'y paraissait?

Il y a lourd à perdre. Mais on va gagner.

Nicole Orthous
Contributions des enseignants de SVT

2 commentaires:

Webmaster a dit…

-que la réflexion a besoin de s'instaurer entre nous,
-qu'il va nous falloir du temps pour reconstruire un projet ,
-que ce que l'on va nous faire faire seIra INGERABLE, NCONSEQUENT et IRRESPONSABLE pour les étudiants et les personnels
- que la seule solution c'est le RETRAIT de cette réforme et la remise à plat de tout (valeurs - fondements et conception de la formation, programmes (académiques-professionnels-recherche, procédures administratives,évaluations, certification et recrutement etc....
Dans le cadre de concertations cette fois-ci vraiment Démocratiques..

ALORS , et il est vrai que nos cerveaux s'épuisent (mais
aussi s'enrichissent) en ce moment à comprendre toutes les problématiques en jeux , nous n'avons qu'une solution :
LA PRIORITE c'est REUSSIR NOTRE MOUVEMENT POUR EXIGER le RETRAIT de cette réforme, le maintien provisoire de l'existant légal, et ouvrir les Etats Généraux de la formation et de ...L'Ecole .
Car, cela suppose aussi que ces derniers s'intéressent à l'Ecole toute entière ,à ses missions politiques, sociales, citoyennes, humaines quoi , et donc il faudra aussi DU TEMPS à ces Etats Généraux pour élaborer cette grande œuvre: une tâche véritablement heuristique et
enthousiasmante .
Bien cordialement à tous
Marie-France Winghardt

Webmaster a dit…

Première réponse. Dans nos luttes actuelles, il ne s’agit pas à mon avis de, du désir, il ne s’agit que du Droit, des droits fondamentaux de la personne
humaine que la loi mercantile ne respecte pas. Le désir est arbitraire, singulier, les droits sont nécessaires et porteurs d’égalité. Ils ne sont pas réductibles à la satisfaction individuelle d’une utilité et ne peuvent se confondre avec un désir, même si celui-ci déborde les lois du commerce et
une vision utilitariste de la société et de la vie individuelle.

Deuxième réponse. Il ne s’agit pas non plus seulement de revendications fonctionnelles, donc toujours en partie négociables si les rapports de force ordinaires s’y prêtent. Il s’agit de la perpétuation des seules instances sociales et de nature symbolique qui empêchent la violence et permettent le
maintien d’une humanisation de l’humain qui n’est jamais spontanément assurée. Cette humanisation de l’humain, bien qu’elle ne s’y réduise pas,
passe aussi nécessairement par le savoir en tant que réflexion du monde social et vivant commun, comme un médiateur de la civilisation. Or nous n’avons
pas d’autres moyens que ceux des institutions d’enseignement et de santé, des établissements culturels, de l’existence de droits sociaux accessibles à
tous, pour maintenir l’effort, toujours contradictoire et fragile, de civilisation de nous-mêmes et d’égalité. De solidarité, de justice mutuelle
et de probité.
Il ne s’agit donc pas de dénoncer qui que ce soit, organisations, personnes, partis, mais de prévenir l’illusion d’une négociation possible qui
différerait de peu la poursuite du démantèlement du service public de l’Education
nationale. Car c’est là le seul but réel de ce gouvernement. En ce sens, il ne me paraît pas possible d’obtenir un compromis raisonnable durable, car il
s’agit pour nous de défaire une politique d’ensemble qui ne se limite d’ailleurs pas au territoire de la France. La suspendre partiellement peut nous
soulager, elle n’est pas supprimée pour autant, surtout d’avoir été initialisée à marche forcée.
Faut-il rappeler ce que nous savons tous déjà : la suppression des programmes de l’école primaire, les vacataires en masse dans le secondaire, les fermetures de classes, la suppression de la carte scolaire, le financement municipal obligatoire du secondaire privé, la destruction commencée de l’enseignement spécialisé (SEGPA, RASED), la suppression
massive de postes, les contraintes de surveillance professionnelle qui pèsent sur les jeunes enseignants, les descentes policières dans les
collèges, l’imposition des heures supplémentaires par la restructuration des postes dans le secondaire, la mise à mal des universités qui ne délivrent
pas de compétences économiques, la vision privative des connaissances, l’inflation
de l’évaluation, l’intimidation des enseignants si divergences avec les directives, la mise en place d’une agence nationale de recrutement, la fin des processus paritaires de mutation, la LOLF, la LRU, la suppression des IUFM, la perte totale d’autonomie des universités sur les plans pédagogiqueet fonctionnel, la destruction du CNRS et de l’INSERM, la suppression du
statut national des BIATOSS, l’augmentation à venir des droits d’inscription à l’université, le démantèlement du baccalauréat, la privatisation municipale en projet de la maternelle, etc.

Que faudra-t-il négocier de ce qui apparaît comme un processus résolu de démantèlement systématique de l’enseignement et de la recherche publics ?
Sérieusement, je ne vois pas ce qui serait négociable, à moins de renoncer à l’enjeu du maintien de la formation et du recrutement institutionnel et public d’enseignants dignes de ce nom et susceptibles d’exercer leur
activité en s’adressant à tous. Ce serait renoncer à l’objectif de notre lutte.

Dans une lutte, ce qui est tactique est certes tout aussi nécessaire : les rencontres, les motions provisoires, les discussions, les alliances et les
ajustements, les étapes de concertation, les consultations avec l’adversaire ; mais l’essentiel est que l’essentiel de ce qui nous rassemble n’est pas
négociable et qu’il serait dommageable pour nous de le laisser croire. Notre
ennemi commun, il pourrait bien s’appeler capitalisme cognitif, le
gouvernement actuel ne fait guère plus que le représenter avec la brutalité et l’obscurantisme qui le définissent. Il s’agit de transformer la « production » et la « diffusion » des connaissances en un marché lucratif contrôlé par l’investissement privé, de rendre directement profitable l’activité
liée au savoir, cela afin de relancer l’économie industrielle et financière.
Et ce n’est pas une fable. Car le capitalisme industriel tayloriste est en crise depuis trente ans et cherche à muter en s’emparant du contrôle de la sphère intellectuelle, savante et culturelle, qui était jusqu’alors restée indépendante des lois du marché. Développer donc l’ingénierie de formation.
Pour cela, il lui faut assurer la transformation des systèmes scolaires,universitaires et de recherche, en rouages et instruments du capital privé,
en créant de la rareté, de la flexibilité, de la concurrence, de l’exclusivité et de la précarité. C’est-à-dire un marché. Souvenez-vous à ce titre des déclarations de l’ami Allègre : « Les enseignants doivent comprendre que l’éducation
est aujourd’hui devenue un marché ».Voilà le programme qui nous a déjà été annoncé. Ni plus, ni moins.

Notre gouvernement, pour l’instant, gère la crise, censure, réprime et communique, tente de diviser les parties en présence, mais il ne croît
certainement pas à la négociation, lui. Il est le gouvernent légitime, élu
par les électeurs, rappelle-t-il. La négociation, il fait seulement parfois semblant d’y trouver momentanément des solutions pour tenter de calmer le jeu et d’épuiser les opposants à « sa » politique qui n’est rien d’autre que celle de l’Europe, cela depuis « le Processus de Bologne » en 1999 où furent
définies les orientations qui président aux lois sur l’enseignement décidées
en France, au Portugal, en Italie, en Catalogne. Depuis Bologne, personne, du côté des grands partis institutionnels, ne s’est opposé en Europe
résolument à cette politique et insuffisamment les organisations
professionnelles, comme s’il n’y avait pas eu d’autre solution raisonnable que de s’accommoder de cette évolution en limitant les pertes. Il n’y a eu
aucun débat dans les instances parlementaires sur ses conséquences et son adoption. Le négoce ne nécessite donc pas négociation.

La situation est peut-être désormais différente, du fait de la crise financière, mais c’est justement à cause de cela qu’il n’y a guère de négociable puisque l’enjeu direct de la bataille que provoque celle-ci est celui du savoir, de sa propriété et diffusion ou pas, de sa privatisation.

Par ailleurs, comme l’avait fait Reagan, il est facile de vider les finances de l’Etat en supprimant l’impôt, pour, en arguant du déficit aggravé,
défaire plus vite encore les services publics après avoir organisé leur épuisement. Voyez l’hôpital. Il nous faut donc continuer à demander
fermement l’abrogation de l’ensemble des décrets d’application des
différentes réformes : LRU, statut des Enseignants-Chercheurs, Master d’enseignement,
le maintien des postes et des budgets, etc. Egalement exiger le retrait du « Processus de Bologne ». Mais si le gouvernement ne cédait pas sur le fond,
qu’aurions-nous obtenu concrètement ? Le report d’un an des Master, donc l’acceptation
de leur mise en place différée… C’est apparemment mieux que rien sur le plan tactique, sur le fond cela ne change malheureusement rien à la situation
générale, au processus de démantèlement du système éducatif public dont l’avancée
est plus que significative et la définition extérieure à l’actuel
gouvernement.

A quoi cela nous engage-t-il donc de ne pas céder sur le fond ? C’est ce qu’il nous faut maintenant définir, donc de façon stratégique. Or, à cela, il n’y
a pas de réponse préconçue. Pas d’avenir radieux prévisible. Permettez-moi donc de dire que, de ce point de vue, rien n’est encore gagné, pas même dans
ce qui apparaît comme un fléchissement et qui n’en est un que très provisoirement. Souvenez-vous que les chercheurs du CNRS et de l’INSERM n’ont
encore rien obtenu, cela après déjà plusieurs années de protestation massive et de mobilisation.

Voilà pourquoi je doute d’une négociation, si ce n’est comme une duperie.

Amicalement.
Emmanuel Brassat.
IUFM de Versailles.