mardi 10 mars 2009

Lettre aux parlementaires

Coordination nationale Formation des Enseignants

Objet : demande d’une intervention auprès du premier Ministre et d’un débat parlementaire


Madame, Monsieur le député,
Madame, Monsieur le sénateur,

Le gouvernement a engagé un processus de réforme de la formation des enseignants, dit de « mastérisation », qui a été ouvert par le Président de la République le 2 juin dernier. Or, pour toutes les parties prenantes (universités, par la voix des représentants des personnels et de leurs syndicats, par celles de leurs Conseils d’Administration et par celle de la Conférence des Présidents d’Université, UFR et départements universitaires, IUFM, sociétés savantes et organisations professionnelles, syndicats d’étudiants, fédérations de parents d’élèves, etc.), s’il est normal de vouloir améliorer la formation des maîtres, le projet gouvernemental tourne le dos à cet objectif. Certains de ses défauts sont particulièrement pointés :

  • L’année de formation en alternance après le concours serait supprimée sans être compensée par une formation pré-professionnelle de qualité au cours de la licence et du master. Les lauréats du concours devraient ainsi assurer immédiatement un service d'enseignement aussi lourd, ou presque, que celui d'un enseignant chevronné, sans véritable préparation, ni accompagnement. Les difficultés des débutants déjà remarquées dans la formation actuelle, seraient considérablement amplifiées.
  • La place du concours de recrutement lors de l’année de master 2 (on parle de l’admissibilité en janvier et de l’admission en juin, mais rien n’est arrêté…) retarderait d’un an la première rémunération des étudiants. Ce serait désormais aux familles de payer l’année d’étude à bac + 5. Et dans le cas où un stage en responsabilité serait organisé dans cette seconde année de master, les étudiants salariés se retrouveraient devant ce dilemme : accepter le stage ou conserver leur emploi.
  • Aucune mesure sérieuse n’est prévue pour empêcher la raréfaction des recrutements de jeunes issus des milieux populaires. Certes, le ministère s’est engagé à accorder la priorité aux étudiants en master enseignement dans l’accès à 9 000 emplois d’assistants d’éducation. Mais croit-il vraiment qu’ils pourraient s’investir efficacement dans leur formation tout en assurant sérieusement leur mission dans les établissements scolaires ?
  • Alors qu’il est logique d’inscrire la formation des enseignants dans le cadre des masters, la seconde année du master cumulerait différentes contraintes inconciliables : préparation à un concours difficile (d’autant plus que le nombre de postes a été réduit), formation à la recherche, formation professionnelle.
  • Les épreuves des concours ont été conçues sans concertation, dans la précipitation, avec le seul objectif la réduction des coûts. Leur conception hybride ne permet de vérifier et de garantir ni les compétences professionnelles, ni les connaissances disciplinaires.
  • Alors que tous les grands corps de l’État ont leur école de formation (police, magistrature, finances, santé…), l’État semble considérer que l’éducation nationale n’est plus digne d’avoir une école pour former ses fonctionnaires. Il se dessaisirait de cette mission. L’absence de cadrage national et la mise en concurrence des universités renforceraient les inégalités entre les villes, les départements et les régions. Certaines universités pourraient certes proposer à la fois des masters enseignement et des masters recherche, assurant ainsi leur rayonnement national et international. Mais d’autres ne pourraient présenter une telle diversité de formations ; elles verraient leur attractivité diminuer et seraient rapidement déclassées.
  • De plus, l’existence des sites IUFM, généralement installés dans les locaux des anciennes écoles normales, est menacée dans les départements ruraux. Certes Mme Pécresse a pris des engagements lors d’une audience accordée à l’Association des maires de villes moyennes. Mais ces promesses sont difficilement compatibles avec l’autonomie des universités, inscrite dans la loi. Des informations données récemment aux personnels de divers sites (Quimper, Privas, La Roche-sur-Yon, par exemple) semblent plutôt confirmer que leur fermeture est envisagée à court terme.
  • Actuellement, les professeurs des écoles titulaires peuvent bénéficier d’une formation continue parce que leurs jeunes collègues les remplacent dans leur classe lors des stages de formation initiale. En diminuant très fortement la durée de ces stages, le projet aurait pour conséquence une réduction dramatique des possibilités de formation continue (elles seraient divisées par 2 ou 3).
  • Probablement pour des justifications idéologiques, le gouvernement refuse de reconnaître que l'organisation de la formation des maîtres nécessite une structure académique interuniversitaire, s'appuyant sur le potentiel et l'expertise des IUFM.
Si ce projet était maintenu, nous irions vers une grave et durable détérioration de la qualité du service public d’éducation, au moment où l’Union Européenne engage les États à des investissements conséquents pour améliorer la formation initiale et continue des enseignants.

De surcroît, alors que cette réforme romprait le lien organique entre la République, ses maîtres et son École, elle n’a pas fait l’objet d’une concertation avec les parties prenantes et n’a donné lieu à aucun débat parlementaire authentique. Or, la formation des maîtres est un enjeu national, car définir la manière de former les enseignants, c’est déterminer les formes que prendront l’éducation et l’instruction des jeunes générations pendant les quarante années suivantes… Aucune réforme de l’importance de celle-ci ne devrait pouvoir se décider sans que la représentation nationale ait à en débattre, à indiquer des orientations, voire à légiférer.

En cohérence avec les doléances exprimées par les universités et leurs présidents le 19 février dernier, nous vous demandons donc d’intervenir auprès du Premier Ministre pour qu’il suspende cette réforme, qu’il maintienne jusqu’en 2010 au moins les concours de recrutement dans leur configuration actuelle et qu’il mette à profit ce délai pour organiser la concertation et les négociations nécessaires pour concevoir, dans le respect des parties prenantes, une réforme digne de ce nom.

Nous vous demandons également de prendre position publiquement en faveur d’un débat parlementaire sur ce sujet de la plus haute importance pour l’avenir de notre société et vous saurions gré de nous faire connaître votre accord.
Permettez-nous enfin d’attirer votre attention sur l’urgence de ce dossier. En effet, si le ministère de l’éducation nationale lançait ce mois-ci (comme il l’a laissé entendre) le processus réglementaire de promulgation des nouveaux concours de recrutement, la mise en œuvre de cette réforme serait plus difficilement réversible et cela entraînerait une nouvelle dégradation des relations entre la communauté universitaire et le gouvernement.

Vous remerciant de votre intérêt pour la formation des enseignants et, au-delà, pour l’école, veuillez croire à notre dévouement au service public d’éducation et à nos sentiments respectueux.

Réponse : 10 mars

J’ai bien reçu votre courriel et il ne vous a sans doute pas échappé que j’avais saisi l’urgence de ce dossier depuis quelques temps déjà puisque j’ai interpellé M. Darcos et Mme Pécresse dès le 12 juin 2008 sur la disparition programmée des IUFM (voir fichiers joints)… Je n’ai pas manqué non plus de m’exprimer publiquement sur le sujet, y compris par voie de presse (cf un de mes nombreux communiqués sur le sujet en pièce jointe). Je n’hésiterai donc pas à interpeller le Premier Ministre dans les prochains jours. Amicalement,

Martine MARTINEL
Députée de Haute-Garonne
Conseillère Générale du Canton Toulouse 3

Réponse du 11 mars

J’ai bien reçu votre message dans lequel vous me faites part de l’inquiétude que vous inspire le projet de réforme de recrutement des professeurs du second degré, et je vous en remercie.

Je partage votre inquiétude et je souscris aux arguments que vous avancez. Déjà saisie par vos collègues de l’Université de Limoges, j’ai écrit à Mme Valérie PECRESSE, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, la lettre dont je vous joins copie.

Restant à votre disposition, je vous prie d’agréer, Chère Madame, Cher Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

Bernadette BOURZAI
Sénatrice de la Corrèze

Réponse du 13 mars

Martine Martinel demande un débat parlementaire sur la formation des enseignants au premier ministre

Je vous prie de bien vouloir trouver ci-joint le courrier adressé ce jour par Martine MARTINEL à Monsieur le Premier Ministre afin de demander un débat parlementaire au sujet de la formation des enseignants.

Souhaitant avoir répondu à votre attente.

Autres réponses

Aucun commentaire: