mercredi 25 février 2009

Soutien de Christian PUREN


J'ai été formateur pendant 10 ans à l'IUFM de Paris (didactique des langues-cultures, 1992-2001), et même si j'ai pris ma retraite depuis septembre dernier, je suis votre mouvement avec d'autant plus d'intérêt que je continue à être actif "dans le domaine", comme on dit: je suis en particulier le "Directeur éditorial" du site de l'APLV, Association des Professeurs de Langues Vivantes, www.aplv-languesmodernes.org.

Je crois qu'il ne vous faut pas simplement opposer des témoignages positifs aux témoignages négatifs sur l'IUFM, mais surtout expliquer pourquoi il y aura toujours, dans une formation initiale d'enseignants suivant immédiatement une préparation universitaire aux concours tels qu'ils sont actuellement conçus, forcément beaucoup plus d'avis négatifs que positifs. Sans vouloir être exhaustif ni hiérarchiser, je pense aux facteurs suivants en ce qui concerne ma discipline, les langues vivantes (je pense qu'ils valent pour toutes les disciplines, mais c'est à vous de voir), et ce sont trois contradictions structurelles:

1) La contradiction entre la culture d'apprentissage des concours, qui est individualiste et centrée sur les connaissances, et la culture d'apprentissage que l'on demande l'année suivante aux stagiaires de mettre en oeuvre dans leurs classes, qui est collective et centrée sur les compétences.

2) La contradiction entre d'une part l'attente massive des stagiaires en 2e année d'IUFM, qui est de a) de survivre dans leurs classes et b) se faire titulariser à la fin de l'année et pour cela d'obtenir une bonne appréciation à leur(s) visite(s) d'évaluation, et qui pour cela demandent des recettes et des modèles immédiatement applicables, et d'autre part les principes d'une formation professionnelle... elle-même professionnelle, qui est de donner des outils d'analyse, d'auto-observation, d'auto-questionnement, d'évolution pour toute sa carrière professionnelle;

(Je me souviens de la première évaluation sauvage de mon groupe d'une trentaine de PLC2 d'espagnol en mai 1992, à la fin de ma première année à l'IUFM de Paris, donc. Un certain nombre d'entre eux s'étaient donné le mot, et après la dernière phrase de mon dernier cours de l'année, l'un d'entre eux s'est levé et m'a dit, en substance: "Vous avez fini? Eh bien nous sommes ici un certain nombre à vouloir vous dire que pendant cette année, avec vous, nous n'avons rien appris". Mais ce porte-parole a heureusement ajouté, juste après: "Tout au contraire, nous avons désappris ce qu'on nous apprenait par ailleurs". J'avais tout simplement, cette année-la, fait de la formation "didactique" (qui est un niveau de déconstruction et de questionnement méthologiques), alors que leurs attentes et sans doute leurs besoins à ce moment-là était à l'inverse de construction et d'assurance méthodologiques.)

3) La contradiction entre cette désastreuse manie française rationalisante de commencer par "les bases", "les fondements", "les principes", avant de passer à "l'application", et les exigences de cette bonne vieille méthode active - celle-là même que l'on demande par ailleurs aux stagiaires de mettre en oeuvre systématiquement dans leur classes! - qui exigerait qu'en formation initiale aussi on commence à l'inverse par la pratique, et que soit "injecté" (par les formateurs et les stagiaires eux-mêmes) de la théorie seulement en réponse aux questionnements et difficultés personnels.

Bon courage et bonne chance à tous, et à votre mouvement!

Christian Puren

Aucun commentaire: