vendredi 20 février 2009

Position de la CPU sur la Mastérisation de la formation des enseignants du 19 février et réactions


La formation des enseignants est un enjeu fondamental pour une République soucieuse de promouvoir l’égalité de chances et l’élévation du niveau des connaissances de tous les citoyens. C’est pourquoi, les Présidents d’Université réaffirment leur attachement de fond à une formation des enseignants professionnalisée et universitaire. C’est pourquoi le CA de la CPU, réuni le 12 février, a demandé le report d’un an des nouveaux concours.

Les conditions dans lesquelles la mastérisation de la formation des enseignants est conduite ne permettent en effet pas d’atteindre les objectifs auxquels doit répondre une telle formation universitaire.

Les universités ont attendu jusqu’à la fin décembre les maquettes de concours, les premières précisions sur les stages n’ont été données qu’à la mi-janvier et aucun texte n’est encore sorti sur les conditions de l’alternance pendant les premières années d’exercice du métier. Les difficultés actuelles au sein des universités et la vigueur des débats nécessitent une réflexion plus sereine au niveau national, comme au niveau local, associant l’ensemble de la communauté universitaire.

C’est pourquoi la conférence plénière exige fermement des garanties et des réponses sur les points suivants :
  1. la mise en place immédiate d’une commission nationale chargée d’élaborer, dans la concertation, un cadre commun de formation, de définir les contenus et les modalités des concours et de veiller à la cohérence de l’ensemble du dispositif et à son évolution.
  2. un système de bourses lisible et incitatif permettant l’accès de toutes et tous à la profession d’enseignant,
  3. une première année de fonctionnaire stagiaire pour les reçus au concours, reposant sur le principe de l’alternance,
  4. une présentation claire du dispositif des stages, de leurs objectifs et de leurs conditions d’indemnisation.
  5. les moyens humains nécessaires à l’encadrement de cette formation

La CPU plénière se réunira, de façon exceptionnelle, le 5 mars pour analyser les réponses obtenues par le bureau et prendre une position collective. D’ici là, la CPU demande aux présidents de suspendre toute remontée de maquettes ou de lettres d’intention.

Texte adopté à l’unanimité par l’assemblée plénière de la CPU. Moins deux abstentions


Réactions de Claire PONTAIS

Sur les IUFM, je pense qu'il faut interpeller la CPU qui affirmé à la FSU en audience être attachée aux IUFM et avoir besoin d'une structure académique qui pilote et coordonne la formation des enseignants.

Cependant la pensée dominante est que l'IUFM sert surtout à la mise en stage. Pour moi ça ne suffit pas.

Le ministère a toujours parlé du "potentiel IUFM" mais c'est un leurre, le potentiel IUFM n'aura aucun impact s'il est atomisé dans toute l'université. Certes ici ou là, il y aura des pôles de réflexion sur le métier mais c'est tout.

Les IUFM sont indispensables pour :
  • impulser toutes les formations et recherches sur les savoirs professionnels : il s'agit sur ce sujet de passer un cap déterminant où le disciplinaire ne serait plus opposé au professionnel mais ou, au contraire, la visée professionnelle enrichit le disciplinaire (c'est à mon avis un "obstacle épistémologique" majeur qui empêche la compréhension entre les enseignants en IUFM et la majorité des universitaires (et qui fait que nous n'appréhendons pas les dangers de la réforme de la même manière)
  • permettre un travail transversal : didactique comparée, projets pluridisciplinaires. C'est déterminant pour les formations polyvalentes(PE), pluridisciplinaires et bi-valentes. C'est déterminant pour une continuité entre premier et second degré et une formation commune (qui ne veut pas dire qu'on fait des amphis communs!).
  • ne pas perdre tout ce qui concerne la didactique professionnelle. Celle-ci n'en est qu'à ses débuts, même s'il y a beaucoup de recherches sur le praticien réflexif et l'analyse de pratiques professionnelles, ces connaissances ne sont pas encore généralisées en formation. Sans IUFM, qu'en restera-t-il ? Le CNAM et quelques autres laboratoires ne peuvent suffire.
  • impulser tout ce qui concerne le travail en équipe, les partenariats et les projets culturels (au sens large) intégrés dans la formation actuelle qui existent dans les IUFM ? (Sans politique spécifique, ils seront liés à des personnes ou des lobbys locaux)
  • Avoir une vision globale de l'évaluation du Master qui s'appuie sur des dispositifs de de portfolio de formation professionnelle au métier d'enseignant (avec une formation en alternance). Ce n'est pas une moyenne arithmétique de 20 UE qui déterminera si nous avons un bon enseignant
  • Dernier point, on ne peut ignorer que la plupart des formateurs sont près de la retraite et que la culture de formation professionnelle risque de disparaître avec eux.... c'est tout un patrimoine qu'on mettra des années et des années à reconstruire.
Nous devons très rapidement mutualiser nos réflexions sur la nécessité de sauvegarder et rénover les IUFM. Des contributions de chaque IUFM sur ce sujet devraient parvenir à Xavier DARCOS, à la CPU, à la CDIUFM et localement au Président d’université et au rectorat.

Un colloque spécifique sur la question doit être organisé prochainement.

Réactions de Pascal Grassetie

Initialement, l’intégration de l’IUFM d’Aquitaine à l’Université aurait du se faire auprès du PRES et constituer ainsi cette Structure Interuniversitaire de Formation et de Recherche sur l’Enseignement que préconise Jean-Paul. Le ministère s’y est opposé, la volonté idéologique d’en finir avec les IUFM a prévalu à l’époque et prévalent encore sur les questions de la formation des enseignants. Ainsi intégré dans une seule université (de surcroît dans une fac
d’économie et de droit), l’IUFM école interne de l’Université Montesquieu Bordeaux IV est perçu notamment par la fac de lettres et sciences humaines (Bordeaux III) comme un concurrent déloyal sur le terrain de la formation des enseignants, dont l’objet désormais serait de siphonner les étudiants engagés dans cette université et dont le projet est de devenir enseignant. Le ver était dans le fruit, la situation pourrie d’avance. Ainsi, même si quelques avancées ont pu se produire, c’est la préservation de l’existant qui a finalement prévalu, installant dans l’urgence une sorte de « Yalta » dans les parts accordées aux savoirs académiques et aux formations « professionnalisantes », obérant le questionnement nécessaire des savoirs du point de vue des obstacles qu’ils posent à leur enseignement et à leur apprentissage par les élèves et les étudiants et dans le même temps les transformations à opérer dans les formations aux métiers de l’enseignement.


La question de la responsabilité de la formation des enseignants désormais assignée aux universités, pose inévitablement le problème du regard porté par ces dernières sur les savoirs. Si historiquement c’est la production de savoirs qui caractérise les missions des universités et des organismes de recherche, la question de la transmission / construction des connaissances par les élèves et les étudiants a soit été ignorée pour l’essentiel des disciplines scolaires du second degré, soit dévolue à des écoles professionnelles (EN, ENSEP, CREPS et IREPS, ENNA, CPR) puis aux IUFM. Le peu de place offerte aux recherches en didactique au sein de l’université en témoigne. Les sciences de l’éducation offrent un cadre totalement éclaté et ne semblent pas en mesure actuellement de fournir une opportunité de dépassement de cette problématique. Le caractère surplombant de la chose éducative qu’elles privilégient souvent, tend à se départir des savoirs transmis et des connaissances construites, offrant des cadres théoriques trop souvent inadaptés à l’exercice concret des métiers de l’enseignement.

Il s’agit donc bien désormais d’innover en créant au sein des universités des départements en charge de travailler la question de l’enseignement et de l’apprentissage des savoirs produits par l’université, mais également des savoirs millénaires auxquels sont confrontés les élèves dans leur cursus scolaire. Mais existe-t-il vraiment une opposition entre ces deux postures ? Ne peut-on pas trouver dans l’analyse de la mise au jour des nouvelles connaissances, les obstacles à leur acquisition par les étudiants et par transposition par les élèves de deux à dix huit ans. Encore faut-il s’en préoccuper et cesser de penser qu’il suffit de déclamer même avec conviction un savoir pour que l’auditoire puisse s’en emparer.

Le problème est alors de savoir par qui doit être portée cette préoccupation, ce champ professionnel dont parle Jean-Paul.
  • Cette structure doit-elle être intégrée à chaque UFR au sein d’un département« de didactique » chargé de ces questions, quitte à diluer le potentiel que représente les IUFM ?
  • Est-il préférable de préserver une structure académique indépendante rattachée directement au PRES ?

La première solution m’apparaît théoriquement comme la plus ambitieuse. Cette intégration au sein des UFR serait de nature à mettre fin à la dichotomie actuelle entre les « savoirs académiques » et les aspects liés à leur enseignement et leur apprentissage par les élèves. Les synergies à construire entre les différents acteurs seraient facilitées.

Ainsi elle pourrait être la source d’une démocratisation sans précédant du partage des connaissances, notamment par ce qu’elle permettrait de lier dans le même temps, l’acquisition des savoirs et les conditions de leur élaboration, offrant l’opportunité aux étudiants et aux élèves d’être en mesure à leur niveau de contribuer à l’élaboration des savoirs par la compréhension des conditions nécessaires à leur émergence, les dégageant de la soumission à ces mêmes savoirs dans laquelle les confine les modalités dominantes actuelles de la transmission.

D’autre part elle permettrait d’engager la réflexion et les recherches dès les premières années de licence, contribuant peut être à la lutte contre l’échec des étudiants et permettrait par là même à ceux d’entre eux qui envisagent de devenir enseignant de se former très tôt sur ces questions.

Mais en a-t-on les forces ? , l’ambition partagée ? et puis se pose la question de tous les enseignements qui ne sont pas organisés à partir des champs de savoirs universitaires actuels. (Technologie, sciences médico-sociales… mais aussi les disciplines comme Histoire-Géographie-instruction civique, physique-chimie…) ainsi que les enseignements prodigués par des enseignants bivalents (LP) et polyvalents (école primaire), les CPE, les documentalistes.


Pour la formation des professeurs des écoles, sur quelles recherches peut-on actuellement s’appuyer pour dépasser la simple juxtaposition des formations disciplinaires, renvoyant à un empilage encyclopédique forcément insatisfaisant et qui plus est inefficace sur le terrain ?

  • Quel usage de la polyvalence, de la bivalence du maître ?
  • Quelles incidences pour sa formation ? Peut-on envisager une spécification de la formation qui s’articulerait autour des connaissances etdes compétences construites sur un seul champ de savoir universitaire, à quel moment et dans quel cadre ? Quel apport dans ce cadre des recherches en didactique comparée ?...
Ces questions se posent-elles et peuvent-elles être posées hors d’une structure académique dédiée à la recherche et à la formation aux métiers de l’enseignement ?

Mais pour autant cette structure ne risque t-elle pas d’entériner une formation successive, académique puis professionnelle ? Quels moyens, quelle position lui donner pour qu’elle puisse impulser efficacement les fortes synergies à construire entre tous les acteurs universitaires autour des questions de l’enseignement et de l’apprentissage ?

C’est à mon sens pour construire des réponses fortes et cohérentes que doivent se tenir dans cette période des séminaires par académie, conviant l’ensemble des acteurs universitaires et débouchant sur un colloque national comme le propose Claire Pontais.

Pascal Grassetie

Réactions de Claudine Garcia-Debanc,

... La pire situation pour les IUFM serait une situation confuse dans laquelle les nouveaux concours seraient mis en place, sans que la Mastérisation soit instituée. Les IUFM seraient perdants-perdants et le Ministère pourrait se frotter les mains. A nous d'éviter ce piège avec l'aide de la CPU.

Le gros verrou me parait être la question budgétaire. C'est pour cela principalement, à mon sens, que Darcos ne veut pas/ne peut pas céder. Il est vrai qu'on a trouvé facilement de l'argent pour les banques...

Pour ma part, je trouve l'ultimatum de la CPU très clair. Nous avons effectivement besoin de réponses aux questions qu'ils posent. On peut dire qu'ils ont compris le dossier. Je suis beaucoup moins convaincue par la réaction des directeurs d'IUFM et leur lettre ouverte aux Ministres. Je me sens même insultée en tant que formatrice ayant participé à la mise en place des IUFM : on a l'impression qu'on a fait des progrès alors que, d'emblée, les IUFM ont fait l'objet d'attaques sans fondements. Je prétends que nous avons fait du bon boulot avant que certains des directeurs d'IUFM en responsabilité de ce dossier aient pris en charge ce dossier et que ce n'est pas parce que nous avons fait amende honorable que notre bilan est aujourd'hui positif. Je suis même assez en colère contre ce que laisse entendre ce message.

Enfin, sur le lieu de la prochaine réunion, en tant que provinciale, j'ai envie de dire que les petites histoires parisiennes sur le texte à inscrire sur la banderole et sur le lieu de rencontre ne me concernent pas et que je souhaite que symboliquement, la prochaine réunion n'ait pas lieu à Paris. Ensuite, le choix du lieu peut être lié à la provenance géographique des collègues mais pensez bien, camarades parisiens, que les réunions à Paris coûtent aux provinciaux beaucoup de temps et d'énergie.

Claudine Garcia-Debanc


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1 commentaire:

Webmaster a dit…

Je m'interroge sur la proposition"la plus ambitieuse" selon Pascal, à savoir l'intégration dans chaque UFR d'un département de didactique.
Dans l'état actuel des choses cela ne me parait pas la meilleure solution et je suis plutôt favorable à ce que propose JP JULLIAND pour les raisons suivantes :
- il y a d'une UFR à l'autre des sensibilités très différentes aux problèmes didactiques et pédagogiques, cela entrainerait donc une grande disparité de formations selon la discipline d'origine. On voit bien les problèmes que cela occasionne dans les salles des profs où certains collègues d'origines différents ne s'entendent pas même s'ils se parlent.

- j'ai peut-être une petite déformation due à des expériences antérieures, mais il me semble difficile de concevoir dans le même ordre d'idée des recherches en didactiques cloisonnées strictement par discipline. Cela aussi risque d'accentuer les clivages disciplinaires dans la culture des enseignants et le risque est grand d'avoir des secteurs disciplinaires sans recherche en didactique ( vu l'inégale reconnaissance de celle ci selon les secteurs),

- les IUFM avaient pour mission d'assurer une sorte d'interface entre l'employeur et l'université, entre le terrain et la recherche. Une structure interU (à définir) sur un site géographique pourrait remplir cet office. Elle pourrait regrouper en un lieu tout ou partie de ce qui se fait en matière d'UE de master ou licence allant vers les métiers de l'éducation et de la formation, ce qui se fait en matière de formation professionnelle au début du métier comme par la suite, tout ce qui est afférent à la mise en stage (type guichet unique comme à Bordeaux ou Grenoble). Elle pourrait être un lieu de réflexion et de recherche en matière d'ingénierie de formation, rassemblant , en un lieu des gens de terrain comme des chercheurs : chose que les IUFM ont peu réalisé finalement (mise en système que propose JPJ).
On sait construite des structures interU pour des services (SIUAPS, médecine,..;) pourquoi ne construirait-on pas ce type de lieu en mutualisant des moyens accordés par les différentes universités concernées ? Le fait que cette "école" n'ai pas l'autonomie d'un établissement à part entière nous mettrait peut-être un peu à l'abri de quelques dérives : des directeurs incompétents élus de manière rocambolesque, enseignants chercheurs affectés en IUFM considérés comme des enseignants chercheurs de seconde zone,...

- les différentes universités seraient de plus "sommées" de travailler ensemble au fonctionnement de cette structure qu'elles contribuent à faire tourner. Au fond cela contrerait cette idée de mise en concurrence des universités entre elles que l'on sait contre productive.

A+

Yvan Moulin (site de Grenoble)