dimanche 15 février 2009

L'Aeres reporte au 31 mars 2009 la date limite de dépôt des maquettes


Délai supplémentaire ou report censé ?


"Suite aux nombreuses demandes de délai supplémentaire pour transmettre les projets de maquettes de masters concernant les métiers de l'enseignement et de la formation, le serveur restera accessible jusqu'au 31 mars 2009", indique l'Aeres sur son site, vendredi 13 février 2009.

Le délai initial pour remettre les projets de master "enseignement" était fixé au 15 février 2009 (L'AEF n°104887). L'Aeres a ensuite jusqu'au 15 avril pour effectuer les évaluations des projets (L'AEF n°106541).
(AEF n° 109357)

La CPU "demande solennellement à Xavier Darcos, ministre de l'Éducation nationale, de repousser à 2011 la mise en place des nouveaux concours de recrutement", initialement prévue à la session 2010, indique-t-elle à l'issue de la réunion de son conseil d'administration, mercredi 11 février 2009. "La confusion croissante engendrée par la précipitation dans laquelle la réforme de la formation des maîtres a été engagée, en compromet gravement la qualité", estime-t-elle. La CPU demande ainsi "une gestion maîtrisée du temps des réformes".

"Les nouvelles maquettes des masters "enseignants" devront avoir été évaluées par l'Aeres pour le 15 avril 2009 selon le calendrier déterminé en accord avec la DGES", indique Alain Menand, directeur de la section des formations et des diplômes à l'Aeres. Les grilles d'évaluation des masters "enseignements" sont en ligne sur le site de l'agence depuis lundi 15 décembre 2008 (L'AEF n°106354).

"Cela nous laisse un délai de 8 semaines après la remise des maquettes à la DGES le 15 février 2008" (L'AEF n°104887), précise-t-il. "La nouveauté est que nous n'allons pas évaluer par vague, mais toutes les vagues en même temps", indique-t-il. "Ce mode d'évaluation est assez contraint mais il garde tout de même un temps d'expertise qui pourra nous fournir une vision par académie", estime le directeur. "A terme, nous n'évaluerons qu'à posteriori. Par exemple, le dispositif que nous voulons susciter est que dans toutes les formations, il y ait une participation forte des enseignants et des étudiants à l'évaluation", précise-t-il.


Réactions

Remontée des maquettes de mastère enseignement

Le point de vue d'André Ouzoulias, Professeur IUFM de Versailles, Université de Cergy-Pontoise, Département PEPSSE (Philosophie, Épistémologie, Psychologie, Sociologie et Sciences de l’éducation)

« Translation du calendrier » : ultime manœuvre ou amorce du report de la réforme ?

On sait que les universités avaient jusqu’au 15 février pour déposer sur le bureau de l'AERES (Agence de l’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) leurs projets de mastère enseignement (« maquettes », dans le jargon administratif). On sait aussi que, pour bloquer cette réforme, des appels à refuser ce dépôt ont été lancés tout au long des derniers mois, notamment le 31 janvier dernier à la Sorbonne, lors d’une coordination nationale des personnels impliqués dans la formation des enseignants. Devant le très petit nombre de maquettes qui lui ont été remises le vendredi 13 février, l’AERES vient d'annoncer que ce délai est repoussé au 31 mars.

Est ainsi officialisée cette « translation de calendrier » évoquée il y a quelques jours par Alain Menand, directeur de la Section des formations et des diplômes de l’AERES, en prévision de la disette de maquettes au 15 février. L’agence ne parle pas d’allongement du délai, mais dit que « le serveur restera accessible jusqu'au 31 mars ». Même baptisée de ce joli euphémisme qui pourrait faire florès (« translation de calendrier » pour dire « report du délai »), cette souplesse technique, sans concession politique significative, ne multipliera pas les maquettes. En effet, il n'y a guère de raison pour que celles, très nombreuses, qui sont bloquées par les conseils d’administration des universités remontent d’ici au 31 mars, surtout quand les universités souhaitent protester ainsi contre l'esprit même de la réforme et obtenir le maintien des concours dans leur forme actuelle jusqu'en 2010. ...

.... On se pose aussi deux autres questions.
  1. Comment les maquettes pourraient-elles être conformes aux exigences de la préparation aux concours quand les textes réglementaires ne sont pas encore publiés (à bientôt 10 mois des premières épreuves !) ?
  2. Comment ces maquettes pourraient-elles être considérées comme fiables par les évaluateurs quand les concepteurs n'ont aucune assurance que les stages qu'ils ont éventuellement prévus dans les formations seront effectivement fournis par l'administration et alors que ce problème paraît strictement insoluble dans les académies qui ont un très grand nombre de candidats (et dont les rectorats n'ont pas toujours été associés à la conception des maquettes). D'un strict point de vue administratif (délais, conformité des préparations aux exigences des concours, fiabilité des prévisions de stages), cette réforme est marquée par tant d'incohérences, de contradictions, d'improvisations, de dénis de réalité, qu'elle est inapplicable, même par ceux qui la trouveraient excellente !
Face au petit nombre de maquettes remontées, l'AERES veut encore y voir l’effet d’un calendrier trop serré. En fait, le gouvernement donne là un nouveau signe de son désarroi. Nombreux sont ceux qui interprètent cette « translation de calendrier » comme une ultime manœuvre pour sauver ce qui reste de la réforme annoncée le 2 juin dernier par Nicolas Sarkozy. Mais après le passage de la CPU dans le camp des partisans du report, cette « translation » pourrait bientôt apparaître comme l’amorce d’un recul plus significatif. Le camp du maintien de la réforme est maintenant désert. Seul Xavier Darcos semble s’y animer encore, de la façon que l’on sait, en jouant les « grandes gueules » irritées et, semble-t-il, en se disant : « Après moi le déluge ! ».

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