samedi 24 janvier 2009

Réactions de la semaine du 19 au 24 janvier 2009


René Cori
Maître de conférences de mathématiques
Université Paris Diderot (Paris 7)



Vincent Charbonnier


Lisant le message adressé par C. Reder au sujet des Pays-Bas, et songeant au texte de R. Cori dont A. Ouzoulias nous a fait part, on peut caractériser la politique de l'actuel gouvernement en matière d'éducation et de Recherche, comme une politique de restructuration industrielle au sens que ce terme a pu recouvrir pour la sidérurgie française voici 30 ans…

Il est clair désormais que la stratégie suivie par le gouvernement est celle d'une rupture tous azimuts avec l'ordre ancien et qui recherche un point d'irréversibilité réelle. Cette stratégie se traduit par une multiplication simultanée des fronts d'attaque et à bien y regarder, elle peut se (dé)composer en tactiques régionales. Cette fragmentation/segmentation a pour très remarquable effet, de produire une saturation réelle (jusqu'à la suffocation), augmentée/renforcée par la surdité/l'autisme délibéré-e du gouvernement.

Outre le fait de nous assommer, de nous frapper de stupeur (de nous rendre stupide au sens propre), cette multiplication simultanée des fronts permet aussi de pouvoir (provisoirement) reculer sur un front (le lycée) et d'avancer sur un autre (la FDM), affaiblissant ou désorganisant (provisoirement ?) son adversaire.

Face à ce multilatéralisme, il est assez difficile de ne pas constater la difficulté persistante de la construction d'une réponse unifiée et globale, une fois passée la stupeur. La question de la FDM me semble à cet égard, très symptomatique de l'incapacité (de l'involonté ?) de la FSU d'élaborer un vrai mandat fédéral sur la question et donc un vrai mot d'ordre. Il y a là une occasion essentielle (dans un moment de lutte contre la restructuration réactionnaire du service public de l'Éducation) de construire une authentique position fédérale sur la question de la FDM, laquelle concerne tous les ordres de l'enseignement de la maternelle-primaire au supérieur.

Construire une authentique position fédérale, c'est-à-dire une position de compromis sur la base de conceptions qui fondent normalement la "culture commune" de notre fédération, non par sommation improbable des points de vue mais par le débat et la discussion.

Aussi je trouve par exemple très révélateur qu'aucunEs responsables du SNES ou du SNUipp, notamment sur les questions de la FDM, ne soient jamais intervenu ès qualités pour débattre de la question sur le forum FDM du SNESup alors que le SNEP, par la plume de C. Pontais, est continûment intervenu.

Plus globalement, le pouvoir a compris la leçon de Gramsci et tente de construire un nouveau "sens commun" quant à l'Éducation et à la recherche, par le truchement d'une véritable réforme intellectuelle et morale, clairement libérale et autoritaire. On comprend alors rétrospectivement pourquoi le petit Nicolas a inauguré son mandat par la LRU, qui couronne les réformes antérieures et qui a engagé la réforme de la FDM dans sa perspective actuelle en sus de la dissolution des IUFM, de l'INRP en attendant celles du CNRS, de l'INSERM, etc.

Or, et il faut y insister, cette réforme intellectuelle et morale (la "rupture") que poursuit le gouvernement fonctionne dans deux directions. Si elle vise la restructuration de l'État social de droit (l'Éducation nationale, la Recherche, la Santé, la Culture, les Médias, etc.), tel qu'il s'est construit depuis la Libération, elle vise tout autant à unifier et à cimenter son propre camp : la "rupture" sarkozyenne concerne aussi voire d'abord son propre camp.

À cette contre-réforme libérale-autoritaire qui se déploie de moins en moins sourdement, il convient d'opposer non pas seulement une résistance active et unifiée, et dont la généralisation de la grève me semble être aujourd'hui le vecteur essentiel, mais bien d'élaborer une contre-réforme. Celle-ci passe aussi par une fédération réellement unitaire, pas seulement pour les autres organisation syndicales mais en son sein, une fédération qui ne réduise pas à une intersyndicale (améliorée ?).


Vincent Charbonnier
IUFM de Créteil (université Paris 12)
http://surlesoeil.blogspot.com


Sur le site de la CPU : à méditer... Marie-France Carnus


Et que dit la CD IUFM ?

Masterisation de la formation des maîtres : la Conférence des présidents d'Université prend acte des avancées du dossier.

Le Bureau de la CPU a pris connaissance des annonces du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche jeudi 15 janvier sur la nouvelle formation des maîtres.

Le Bureau tient à rappeler que la CPU s'est toujours montrée très attachée à l'intégration des IUFM dans les universités et à la mastérisation de la formation des maîtres, facteurs indéniables d'évolution et de reconnaissance de cette formation aux plans national et européen notamment.

Depuis la signature en septembre 2008 de la Charte relative aux principes directeurs de cette réforme, la CPU avait adressé aux deux ministères concernés (Education nationale et Enseignement supérieur) des questions précises auxquelles le communiqué du 15 janvier 2009 apporte aujourd'hui des réponses.

En particulier, le Bureau de la CPU prend acte des avancées sur les mesures transitoires, les dispositifs nationaux et académiques des stages et les mesures financières d'accompagnement de la formation. Il salue également la mise en place d'une commission nationale d'évaluation de la formation des maîtres : demandée par la CPU, cette commission doit garantir la possibilité de faire évoluer les maquettes de master et les épreuves de concours de la formation des maîtres sur plusieurs années.

Une analyse approfondie des mesures annoncées devra être menée dans les jours qui viennent et des précisions apportées sur plusieurs points. L'avancée de ce dossier sera à l'ordre du jour des prochaines discussions des présidents d'Université et directeurs d'établissements réunis en assemblée plénière jeudi 22 janvier et fera l'objet d'une communication ultérieure.

Bien joué. Reste plus qu'à attendre l'analyse approfondie des mesures... heureusement la commission nationale d'évaluation aura la possibilité de faire évoluer les maquettes de masters et les épreuves des concours.

Combien d'universités ont-elles voté le report de la réforme (master et concours) ? Combien d'université ont-elle exprimé leur refus de déposer les maquettes dans les délais ?

J'ai l'impression qu'on est en train de se faire promener...et ça fait huit mois que ça dure.

A Toulouse, l'AG d'aujourd'hui (19 janvier) a réuni près de 200 personnes avec une grande partie d'usagers de plus en plus inquiets sur leur avenir. Malgré la proximité des épreuves du concours, ils ont compris la nécessité de se mobiliser dès maintenant. C'est sur eux qu'il faut compter, ils sont en fin de compte les principaux concernés, ne l'oublions pas ! Et c'est aussi et surtout grace à leur mobilisation que pourront être enfin entendues nos revendications. La journée du 29 sera déterminante. Il faut frapper fort.

Nous avons encore des cartes à jouer, massivement et de manière unitaire. Tout refuser en bloc pour une autre réforme à la hauteur des multiples enjeux que nous avons maintes fois soulignés.

Marie-France Carnus
IUFM Midi-Pyrénées Ecole interne de l'université de Toulouse 2 - Le Mirail

Dominique Comelli

je suis fondamentalement pour une formation en alternance. je pense même (je le pensais avant, mais après le colloque de décembre sur la formation des formateurs en Europe, je suis encore plus convaincue) que le modèle français, 3 ans de disciplinaire, puis un ou deux ans de formation professionnelle, n'est plus efficace. il faut commencer dès le début la formation professionnelle en même temps que la formation disciplinaire. Mais je m'élève contre tous ceux qui pensent que la formation en responsabilité dans les conditions proposées est une formation réelle, même si c'est ce que veut faire croire Sarko-darcos- pecresse. -parce que ce sera de fait placé entre l'écrit et l'oral, à un moment où les candidats auront beaucoup de choses à faire et préparer penser que ce stage en responsabilité (mettre devant élèves pendant un temps aussi long des étudiants non accompagnés , c'est à dire ce que l'on dénonce justement pour le stage d'après concours, mais au moins le stagiaires d'après le concours n'auront ils que cela à gérer et seront ils débarrassés de l'angoisse de la réussite au concours) est formateur , en l'absence concrète de temps libre pour faire des aller-retour simultanés théorie à l'iufm et pratique, m'étonne. en quoi formons nous ainsi un praticien reflexif, qui est le but de notre formation ?
C'est au contraire aller dans le sens des conceptions régressives qui inspirent nos responsables : la pratique en elle-même serait formatrice, notre métier ne serait pas un métier de praticien
réflexif, mais un métier de praticien artisan qui construit sa propre expertise par tatonnements concrets. C'est une conception qui là aussi est à contre-courant de l'UE et des necessités de formation de l'enseignant du 21ème siècle.
Penser aussi que ce stage en responsabilité, la tête dans le guidon, avec le souci immédiat de tenir sa classe (nous savons bien par expérience que les premières semaines de stage en responsabilité sont obérées par les soucis de discipline, et que ce n'est qu'au bout de plusieurs semaines que l'on commence à réfléchir sur la construction de la leçon et des savoirs proprement dite, même avec le soutien des aller-retour à l'iufm), permettra de préparer d'épreuve d'oral (alors que les étudiants n'auront enseigné que dans un cycle ou une classe , et alors que l'oral porte sur la totalité des classes et programmes) relève aussi de l'utopie.
Ce stage en responsabilité permet de faire oublier la disparition pour des raisons budgétaires du vrai stage en alternance après le concours actuel -dans le secondaire, je ne vois pas comment le stage en responsabilité pourra être autre chose que l'utilisation par les rectorats comme bouche trous. si dans le primaire existe encore une formation continue de plusieurs semaines, avec remplacement par les stagiaires, dans le secondaire , quasiment plus aucune formation continue n'existe, et de toute façon, il n'y a jamais eu de formation continue de plusieurs semaines. ou donc les candidats feront ils leur stage, si ce n'est dans des emplois libres.

On n'imagine pas le MEN mettant en congé pendant 6 semaines (et par tirage au sort?) 20000 enseignants (rappel : 20000 stagiaires, c'est effectivement l'équivalent des 3000 postes de remplaçants supprimés en 2009. même du temps des vaches grasses, le MEN a toujours refusé la demande syndicale de mettre les stagiaires en responsabilité en déduction de l'emploi du temps de leur tuteur. cela fait déjà des années que les PLC2 sont des moyens d'enseignement, et non des collègues en formation.-le nombre de places offertes (80000 étudiants, 50000 places sur première et 2ème année, 40000 en responsabilité, chiffres d'ailleurs peu réalisables dans les rectorats) risque de creuser l'écart entre les étudiants : comment seront attribuées les places?

Dominique Comelli, iufm de polynésie

Les IUFM n’ont pas dit leur dernier mot


Les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) sont probablement promis à une disparition rapide après leur intégration aux universités et la réforme en cours de la formation des enseignants. C’est du moins ce qu’on laisse entendre au sommet de l’Etat.


Pour une réforme concertée de l’Université, de l’Enseignement et de la Recherche

Il s'agit d'un appel (un de plus me direz-vous) intersyndical qui émane de l'université de Strasbourg (fusion des 3 universités strasbourgeoises), qui dit notamment :

"Il est grand temps que le gouvernement nous entende : nous lui demandons instamment de suspendre sans délai l’ensemble de ces réformes pour ouvrir enfin un grand débat national sur l’Enseignement et la Recherche dont les principaux acteurs ne soient pas exclus, y compris les jeunes chercheurs et les étudiants dont l’inquiétude est aujourd’hui aussi profonde que la nôtre. Nous lançons un APPEL à toutes les universités françaises et à toutes les institutions de recherche afin qu’elles unissent leurs voix pour une coordination nationale des actions à m&ecerc;me de défendre les valeurs républicaines de liberté et de laïcité du monde de l’éducation, de la science et de la recherche."

Bref, après les démarches de coordination des universités dans le grand-ouest, l'appel de Paris 1, la coordination des actions dans les IUFM à l'initiative de Grenoble et de Toulouse, je crois qu'il est> impératif que le SNESUP, de façon unitaire, réponde à ces demandes pressantes d'organisation d'une journée de coordination des luttes dans les universités.

Il me semble que c'est encore jouable pour le samedi 24 janvier par exemple, ce qui permettrait d'aborder la grève interpro du 29/01 dans des conditions de visibilité de l'enseignement supérieur idéales.
Soyons à l'offensive, ne laissons surtout pas retomber ce qui est en train de monetr dans nos établissements !

Pierre-Emmanuel Berche,
Rouen


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