vendredi 12 décembre 2008

Formation des enseignants: "pour beaucoup, le système éducatif français se réduit au lycée général", estime Patrick Baranger (CDIUFM)


La France, pour "faire face au besoin de changement" en matière de formation des enseignants, doit remettre en cause quatre principes "qui pilotent sa réflexion" et "ne sont jamais discutés", déclare Patrick Baranger, président de la CDIUFM mardi 9 décembre 2008. Il intervenait à Paris devant une centaine de responsables de formation français et étrangers, à l'occasion d'un colloque de la CDIUFM sur la formation des enseignants en Europe.
  • Premier défi: élargir le débat. La réflexion sur la redéfinition des concours enseignants (L'AEF n°105990) est centrée sur le "Capes dans les matières générales", "français", "histoire", mais fait l'impasse sur "les PE, le Capet, les CPE, les documentalistes", "numériquement plus importants" que les candidats au Capes et à l'agrégation, assure Patrick Baranger. "Pour beaucoup, le système éducatif français se réduit au lycée général, dont le lycée professionnel est considéré comme un sous-produit."
  • Secundo, il faut dépasser l'opposition traditionnelle entre formation "disciplinaire et professionnel[le]" des enseignants, "au point que les contenus académiques ne sont pas professionnels". "L'épistémologie pourrait aider à surmonter cette dichotomie."
  • Tertio, il est urgent de revoir le rôle "socio-institutionnel" dévolu à la formation des enseignants pour "organiser le changement". "Qu'il s'agisse d'une réforme ou d'un simple changement de programme", les différents gouvernements ont fait passer les "projets politiques" avant les besoins des personnes formées. Exemple: "les langues étrangères inscrites dans les programmes de l'IUFM, avec l'objectif d'en développer l'apprentissage dans les écoles", souligne-t-il.
QUEL PILOTAGE?

Le dernier obstacle à affronter concerne le "pilotage de la formation des enseignants". Depuis une "vingtaine d'années", les ministères "oscillent" entre deux configurations: "des écoles professionnelles sous la coupe de l'employeur" ou "une formation des enseignants confiée aux universités".

La création des IUFM est une "solution bâtarde". Actuellement, la masterisation, fondée sur le principe "l'employeur recrute, l'université forme" ne résout pas totalement le problème, explique Patrick Baranger.

"Il faut voir jusqu'où l'employeur fait confiance à l'université: les concours serviront-ils simplement à sélectionner et à classer des candidats, ou revalideront-ils des compétences déjà validées par les universités?"
Par ailleurs, une autre interrogation subsiste: "la formation des enseignants est désormais confiée à l'université au nom d'un ancrage sur la recherche, mais sur quelle recherche?". D'après Patrick Baranger, aujourd'hui, la formation des enseignants fait "peu de place" aux recherches récentes et à la recherche tout court: "La question est: avons-nous suffisamment de recherche en sciences de l'éducation pour alimenter la formation?"

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