dimanche 28 septembre 2008

Peut-on concevoir des masters en moins de trois mois


Depuis la fin de l’année scolaire 2007-08, le Ministère de l’éducation nationale et le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche ont entrepris une réforme de grande ampleur visant à réformer complètement la 
formation professionnelle des enseignants en remplaçant les formations en IUFM par des masters « enseignement et formation ». 

On peut juger favorablement ou non cette réforme : elle pose bien des questions, tant sur les améliorations qu’elle pense apporter, que sur la remise en cause de l’existant. 

Mais, au delà de son bien–fondé, se pose la question de sa mise en œuvre. 

Les conditions de conception des masters 

IUFM et universités concernées se doivent de rendre pour la fin de l’année 2008 les maquettes des masters « métiers de l’enseignement et de la formation » correspondant à un double objectif, celui de préparer les étudiants aux concours de l’enseignement et de leur faire acquérir les aptitudes requises par les métiers de l’enseignement et de la formation. 

O
r, le travail sur ces maquettes n’a pas pu être entamé avant la rentrée 2008-2009 pour la plupart des structures concernées. Il s’agit donc de concevoir et rédiger ces maquettes à l’époque de l’année la plus chargée, celle de la rentrée. 

Elles doivent être rendues pour le 15 octobre dans certaines universités, pour le mois de décembre (fin ou début, cela non plus n’est pas dit) pour d’autres. Or, ces maquettes nécessitent dans la plupart des cas, une collaboration accrue entre les IUFM et les universités. Cette collaboration, pour des institutions aux fonctionnements et aux finalités sensiblement différents, rend nécessaires des rencontres, des réunions, l’émergence d’une véritable réflexion. Mais dans de tels délais, comment faire ? Enfin, vu que ces maquettes vont concerner des étudiants préparant un concours, il serait de bon ton de mettre le contenu de ces concours à disposition de ceux qui oeuvrent à concevoir les masters. Or aucune indication n’est disponible et les rumeurs annoncent l’arrivée des textes 
entre la fin octobre et la fin décembre. 

Ces maquettes se doivent d’être efficaces et performantes : elles engagent l’avenir de tous les étudiants qui s’y inscriront et, au-delà, de tous les élèves qui auront en face d’eux des enseignants ainsi formés. La question qui découle de ces postulats est donc la suivante : est-il possible de réaliser des masters efficaces et performants dans un délai extrêmement court, sans disposer des informations nécessaires ? Quel formateur engagerait l’avenir de ses étudiants sur ces prémices ? 

Les conséquences de ces conditions de conception 

De nombreuses questions ne sont pas résolues. L’architecture générale des masters pose bien des problèmes sur les possibilités qui s’offrent de fournir une véritable préparation professionnelle. 

Aucune garantie sur des stages dignes de ce nom n’apparaît vraiment. 

Le nombre d’unités d’enseignement optionnelles et le caractère compensable de ces unités d’enseignement sont-ils compatibles avec un enseignement professionnalisant ? Les étudiants seront-ils en mesure de faire les bons choix ? 

Qu’en est-il des parcours spécifiques qui ne s’accordent pas toujours ou difficilement à une licence ? Sont concernés les professeurs des écoles, les conseillers principaux d’éducation, les professeurs de lycée professionnel qui sont bivalents ou même ceux d’histoire, géographie et éducation civique, juridique et sociale qui ont souvent suivi des parcours spécialisés. 

Comment définir une formation de qualité, permettant d’une part d’acquérir des savoirs suffisants et de se préparer à des épreuves académiques, d’autre part de comprendre et si possible d’observer des situations professionnelles réelles ? 

Qui, d’entre nous, peut se risquer à garantir, en l’état du calendrier, des formations optimales ?   

Pour un gel des mastèrs 

Il est clair que nous ne devons pas abandonner le travail sur les masters. Ceux-ci demandent un investissement important de notre part. Mais ne serait-il pas possible que les CPU et CDIUFM se mettent d’accord pour refuser le délai imposé et en demander un qui nous permettent de travailler sereinement afin de fournir, à l’arrivée, des masters dignes de ce nom, préparant réellement les étudiants à devenir enseignants. L’idée n’est pas nouvelle : d’ores et déjà, l'université Paris 11 (Orsay) a pris la décision unilatérale de ne déposer le 15 octobre qu’une « déclaration d'intention » pour ses masters d’enseignement et demande à pouvoir déposer ses projets de maquettes en mars 2009. Pouvons-nous faire moins ? 

C’est à la fois l’avenir des enseignants et celui de leurs élèves qui se joue ici. Pouvons-nous accepter de les mettre en péril de cette manière ?     

Collectif « IUFM en crise » du Limousin   


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