mercredi 27 août 2008

Message du SNESUP : Réussir la Nuit des IUFM



Le jeudi 4 septembre 2008


Pourquoi une nuit des IUFM ? La filiation est bien évidemment la « Nuit des écoles » où des parents à titre symbolique occupèrent un temps les écoles primaires et présentèrent à la presse leur action comme une soirée conviviale et citoyenne.

Pour nous, il s'agit, dès la rentrée, de remobiliser les personnels dans tous les IUFM. Après les motions, pétitions et manifestations de juin et juillet et avant les Etats Généraux à la Sorbonne le 4 octobre, l’objectif est de montrer la détermination des personnels à promouvoir collectivement le potentiel des IUFM et à être partie prenante dans de nécessaires négociations suite aux fracassantes déclarations sur la « masterisation »

Au ministre, qui n'a qu'une obsession : détruire, montrons que les formations et les IUFM peuvent être améliorés, que des débats locaux sur les concours, la professionnalisation... naissent des propositions nationales.

Une initiative SNESUP à organiser avec les formateurs et
personnels de tout statut et les usagers (stagiaires actuels, anciens et futurs, syndicats étudiants...), avec les autres syndicats de la FSU.

Que faire ?
  • 1°) Prendre du temps collectivement sur notre lieu de travail ;
  • 2°) Organiser des débats et solliciter les personnalités signataires de l'appel pour participer à ces débats. S'organiser pour transmettre ensuite les comptes rendus au SNESUP ;
  • 3°) Profiter de cette date pour faire mieux connaître la réalité des IUFM à l'opinion publique : portes ouvertes, présentation de témoignages positifs d'anciens stagiaires, dossier de presse, conférence de presse ... ;
  • 4°) Donner une coloration ludique et solidaire à cette manifestation nocturne : l'année sera dure et la lutte longue.
30 IUFM .... 30 nuits,

Exemples : ici, on envisage d'organiser un débat en présence du président de l'Université sur les conditions d'une bonne formation, puis un apéritif chantant réunira tous les participants et la presse ; là, on projette de sensibiliser les acteurs locaux aux conséquences d'une possible disparition d'un centre départemental ; ailleurs, tous les syndicats de la FSU organisent une conférence de presse.

30 IUFM / 30 histoires sur un même thème :

"Enseigner est un métier qui s'apprend !"


Avec les autres syndicats, organisons les mobilisations nécessaires à la réussite de
cette première action de l'année.

Sauver la formation des enseignants !



Extrait de la lettre SNESUP du 29 août 2008

Les mesures du gouvernement Fillon sont autant de coups de boutoir contre l'ensemble de la fonction publique. La LRU a profondément détérioré l'Université.

La formation des enseignants à son tour n'échappe pas à cette volonté de démolition et de libéralisation. Les projets ministériels prévoient de passer des concours avec un M1 acquis et une inscription en M2 (la titularisation étant subordonnée à l’obtention du M2). Nous ne possédons par ailleurs aucune information précise sur le contenu des épreuves et leur nature.

Tous ensemble, les formateurs des IUFM, PU, MCF,
PRAG, PRCE, premier degré, nous sommes
porteurs d'une histoire, d'une réflexion collective sur la formation et d'une expertise que nous devons faire entendre.

Le recrutement au master s'inscrit dans un processus
historique de hausse du niveau de recrutement, qui doit s'accompagner d'une hausse des rémunérations, ne faisant par là que reconnaître les difficultés du métier. Collectivement, nous devons nous investir aux côtés des partenaires de l’université ayant intégré l’IUFM pour créer des masters en prise avec la recherche, avec un contenu scientifique élevé et en phase avec les réalités des métiers de l'enseignement.

Collectivement, nous devons nous
opposer au démantèlement des IUFM. Collectivement, nous devons exiger des concours nationaux de recrutement qui soient la norme et non l'exception. Cette année est décisive pour la formation des enseignants, enjeu majeur pour l’avenir des jeunes.

Face à de pareils enjeux, tous les formateurs et, au-delà, toute la communauté universitaire, doivent se mobiliser pour exiger une formation et un recrutement des enseignants de qualité pour l'école républicaine.

Michèle Gabert – Martine Gest
SNESUP

mardi 26 août 2008

La catastrophe annoncée pour l’école : une responsabilité partagée



Pierre Frackowiak et Philippe Meirieu


Les mesures successives prises par Xavier Darcos, sous l’impulsion du président Sarkozy et en parfaite cohérence avec la politique gouvernementale, ne peuvent conduire l’École française qu’à la catastrophe... à court, à moyen et à long terme. Souvent habilement habillée sous les oripeaux de la générosité sociale, la destruction de l’École de la République se met en place de manière cohérente, déterminée, et sans susciter de mouvements suffisamment significatifs tant dans le paysage syndical que politique.

Il suffit d’énumérer quelques-unes des récentes décisions pour prendre l’ampleur de ce qui se passe sous nos yeux : abandon des programmes du primaire de 2002 qui avaient fait l’objet d’une large concertation et d’un vaste consensus, pour revenir, peu ou prou, aux programmes de la 3ème République… réduction de la semaine scolaire, avec les déséquilibres chronobiologiques très graves qu’elle ne manquera pas d’entraîner chez les enfants les plus fragiles… organisation du soutien et de stages de remise à niveau pendant les vacances sans évoquer les transformations prioritaires des pratiques pendant le temps scolaire… disparition des cycles qui, avec le travail en équipe, devaient permettre un enseignement plus personnalisé et diminuer le redoublement… remise en question des Réseaux d’Aide (RASED) et de la plupart des dispositifs susceptibles de venir en appui aux enseignants dans les situations difficiles… abandon des politiques éducatives partenariales et diminution drastique des moyens qui leur étaient affectés… changements d’orientation radicaux, et sans véritable travail en amont, des programmes de plusieurs disciplines du secondaire… attaques contre les matières jugées « subversives » (comme les Sciences Économiques et Sociales)… disparition programmée de tout cadrage national de la formation professionnelle des enseignants et réduction de celle-ci à la portion congrue, en particulier pour le second degré, juste au moment où l’on annonce une réforme pédagogique du lycée… absence de toute réflexion sur le collège qui reste, quoi qu’on en dise, le maillon le plus faible de notre système… suppression progressive de la carte scolaire avec un accroissement inévitable des phénomènes de ghetto et des inégalités entre les établissements… et, bien sûr, réduction dramatique des moyens… Tout va clairement dans le même sens.

Même des mesures apparemment de bon sens, comme le soutien avec les heures libérées par la réduction de la semaine scolaire, sont dangereuses. On ne réussira pas, en effet, à améliorer les performances de l’école avec des dispositifs déconnectés de la dynamique de la classe ou avec des répétiteurs sans formation pédagogique. On ne réussira pas à redonner le goût des savoirs et du travail à tous les enfants sans une articulation étroite et intelligente entre les pratiques scolaires, qui doivent impérativement évoluer vers une pédagogie plus active et différenciée, et les activités proposées par ailleurs, en particulier par les mouvements d’Éducation populaire qui ont une approche éducative originale et complémentaire de l’école. De plus, quelques heures de soutien permettront au pouvoir de se donner bonne conscience et de transformer les victimes en coupables : « On aura tout fait pour eux ! »… s’ils ne réussissent pas, c’est vraiment qu’ils sont bêtes et que leurs parents ne font pas leur travail ! Et puis, cela montre bien aux parents la direction à prendre si l’on veut que ses enfants réussissent à l’école : des cours supplémentaires ! Et, comme l’Éducation nationale n’en donnera jamais assez, les familles angoissées ne manqueront pas, dans la même logique, de faire appel aux officines privées.

En réalité, l’État se replie aujourd’hui sur un fonctionnement technocratique de la « forme scolaire ». Il multiplie les contrôles institutionnels avec une frénésie évaluative sans précédent, mais se retire de tout ce qui peut permettre de donner une impulsion véritable à l’Éducation nationale. Il décourage les enseignants et démobilise les cadres. Il prétend « piloter par les résultats », mais sans donner aux acteurs d’autres moyens pour les produire que de pratiquer une « bonne sélection ». Sous couvert d’un « recentrage sur les fondamentaux », il réduit l’ambition du « service public d’éducation » à une mécanique administrative et habitue les citoyens à aller chercher ailleurs ce que le « service public » n’aura plus les moyens – ni la volonté – de leur donner. L’Éducation nationale est ainsi amputée de ce qui, depuis Jean Zay, Alain Savary ou Lionel Jospin a fait sa fierté : un travail collectif de mobilisation en faveur d’une démocratisation effective de l’accès aux savoirs, à la culture, à la socialisation responsable. Notre « école » va produire des élèves calibrés pour satisfaire à des tests… et laisser les privilégiés donner à leurs enfants « la véritable éducation » à laquelle elle aura renoncé.

Mais, ne nous leurrons pas : la gauche, et notamment le Parti Socialiste, portent une lourde part de responsabilité dans cette situation. Elle avait abandonné la loi d’orientation de 1989, loi historique qui marquait l’entrée de l’école dans la perspective du 21ème siècle. Obsédé par des préoccupations électoralistes qui se sont avérées complètement contre-productives, le PS s’est réfugié dans une abstention surprenante pour un parti qui avait toujours mis l’éducation au cœur de son projet politique. Nous avons observé une frilosité sans précédent sur les questions d’éducation durant la campagne des présidentielles de 2002 et de 2007. Pas de vraie contre-offensive au moment du « débat sur l’école » ou de la loi d’orientation de François Fillon. Pas de réaction quant aux décisions ultra conservatrices du ministère de Robien : un grand nombre de parlementaires de gauche ont même approuvé le retour du b-a ba pour l’apprentissage de la lecture, comme s’ils avaient oublié que le projet d’instruire, dans la pédagogie républicaine, est indissociable de celui de l’émancipation par la formation de l’intelligence. Pas de réaction sur « les nouveaux vieux programmes », la réduction de la semaine scolaire, le soutien et les stages pendant les vacances. Un silence assourdissant devant le déni de la pédagogie et les accusations infamantes contre les « pédagogistes » accusés de tous les maux. etc. Le seul domaine où le PS s’est clairement exprimé est celui des moyens et, notamment, des suppressions de postes. Mais sans faire le lien nécessaire avec les autres problèmes : les conditions pour une démocratisation qualitative, les programmes pour le 21ème siècle, le statut et les missions des enseignants, l’amélioration du fonctionnement des établissements pour lutter efficacement contre les violences scolaires, la mise en œuvre d’une conception globale de l’éducation, des partenariats nouveaux avec les parents et les collectivités, la construction d’une véritable formation tout au long de la vie favorisant les liens intergénérationnels… En bref, rien sur les missions et les méthodes du « service public d’éducation ». Nous ne savons pas aujourd’hui ce que la gauche veut vraiment pour notre École… et cela laisse apparaître la droite comme seule force de propositions : la privatisation, ouverte ou implicite, est sournoisement devenue, pour beaucoup de Français, le seul moyen d’améliorer la qualité de notre institution scolaire.

La situation et l’avenir de l’Éducation nationale sont, dans ce contexte, extrêmement inquiétants. Alors que l’École a besoin de la durée pour réussir et pour répondre aux nouveaux enjeux de la société, alors qu’elle a besoin d’une continuité républicaine transcendant les aléas politiques, alors qu’elle a besoin d’une nouvelle réflexion sur ses contenus, ses méthodes, sa place dans la Cité et dans la société… on constate, à droite, un conservatisme exacerbé ouvrant la voie à une conception libérale de l’école, en contradiction totale avec la tradition française et, à gauche, une absence inquiétante de propositions alternatives.

ll n’y a, malheureusement, guère de raisons d’être optimiste aujourd’hui malgré les efforts des mouvements pédagogiques, des mouvements d’Éducation populaire, de parents d’élèves mobilisés et de collectivités territoriales exaspérées par l’irresponsabilité de l’État en matière éducative, malgré aussi les propositions constructives de nombreux experts. Les médias, toujours à l’affût de sensationnalisme, n’aident guère les citoyens à penser en termes positifs pour véritablement mettre en place, localement et nationalement, des instances capables de faire des propositions. Il serait pourtant possible d’exploiter l’intelligence collective pour imaginer un nouveau projet éducatif durable, moderne, démocratique et mobilisateur. Si nous ne voulons pas, en matière éducative, refaire l’erreur dramatique que nous avons faite sur l’écologie et l’avenir de la planète en réagissant vingt ans trop tard, il est temps de nous mettre au travail. Que toutes les forces progressistes s’unissent pour dire enfin quelle éducation elles veulent pour notre monde, quelle École, mais aussi quels médias, quelle conception de la formation tout au long de la vie, quelle politique culturelle et familiale. Il est temps d’assumer notre responsabilité vis à vis du futur ! Nous n’avons que trop tardé.

NB : Pierre Frackowiak et Philippe Meirieu développent ces idées dans un ouvrage publié par les Editions de l’Aube, L’éducation peut-elle être encore au cœur d’un projet de société ? (2008). Philippe Meirieu publie, en septembre 2008, une nouvelle édition de Pédagogie : le devoir de résister (ESF éditeur) où il analyse la politique éducative de 2007-2008 et les réponses qu’elle appelle.


Pour en savoir plus ...

CONFIDENTIEL. Réforme du lycée: une économie de 16 000 à 17 000 postes



La réforme du lycée permettra une économie de 16 000 à 17 000 ETP
(équivalents temps plein) nets, dont 10 000 en seconde, selon les prévisions du ministère de l'Éducation nationale. Ces chiffres figurent dans le rapport final de la mission d'audit sur la RGPP dans l'Éducation nationale, que l'AEF s'est procuré, aujourd'hui, lundi 25 août 2008 (L'AEF n°100406).


Dans ce document de 40 pages, la mission d'audit, pilotée par Pierre Lepetit, inspecteur général des finances, et Françoise Mallet, Igen, et composée d'une dizaine d'experts (L'AEF n°83598), se penche sur la réforme du lycée présentée à la mi-juillet par Xavier Darcos. Elle propose également une série de mesures pour une révision générale des politiques publiques de l'Éducation nationale, qui vise le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite.

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mercredi 20 août 2008

Enseignement : trois entorses au bon sens



Article paru dans le nouvel observateur
du 17 juillet n° 2280 "la parole aux lecteurs"


Dans tous les domaines, le développement et le progrès passent par la recherche et l'innovation. Sauf dans l'enseignement. Ici , ceux qui cherchent et innovent les pédagogues -sont montrés du doigt. C'est d'eux que vient tout le mal. Le salut est dans le retour aux bonnes vieilles méthodes qui ont fait leurs preuves. Partout, avant de lancer un nouveau produit, on le teste. Ici, c'est inutile: les ministres appliquent chacun leur petite idée. D'où un empilement de réformes qui se contredisent.

Quelle entreprise résisterait à ce mode de gestion? On nous dit de travailler plus. Sauf dans l'enseignement. On pouvait libérer le samedi matin en le remplaçant par le mercredi, ou en réduisant les vacances i cela se faisait dans plusieurs départements. On en a fait cadeau aux instituteurs qui ne demandaient rien. Résultat: l'an prochain, 140 jours de classe, quand les Japonais en ont 210, les Italiens 200, les pays nordiques autour de 190. On prétend se recentrer sur les fondamentaux -lesquels? -et on alourdit les programmes. Par quel miracle nos enfants apprendront-ils plus et mieux en travaillant moins ?

On va supprimer les IUFM. La nécessité d'une formation professionnelle va de soi pour les ingénieurs, les commerciaux, les ouvriers, les hauts fonctionnaires, etc. Pas pour les enseignants. C'est le seul métier qu'on fasse mieux si l'on n'a pas appris à le faire. On retourne à Jules Ferry, mais un Jules Ferry light pour les horaires, lourd pour les programmes, et sans écoles normales.

L'étonnant est que ces trois entorses au bon sens n'indignent guère. Le roi est tout nu, mais les badauds applaudissent son costume.

Antoine PROST,
Historien de l'éducation

De plus, la pétition du collectif crise de l'IUFM Midi-Pyrénées est toujours d'actualité.


lundi 4 août 2008

Liste des concours ouverts à la session 2009



Consulter la liste des concours ouverts à l'aide du


Pour l’IUFM Midi-Pyrénées :
  • Deux concours pour lesquels nous avions ouvert des préinscriptions sont fermés :
    • CAPLP Coiffure
    • CAPLP Génie Mécanique option productique.
  • Deux concours donnent lieu à une réouverture :
    • CAPET Arts Appliqués
    • CAPLP Hôtellerie Restauration option services et commercialisation.

Vous pouvez laisser vos remarques et votre contribution pour votre IUFM sur le groupe Coordination Nationale IUFM en Crise.

dimanche 3 août 2008

Emancipation Semaine de Marans juillet 2008



Refuser la liquidation de la formation professionnelle des enseignantEs[1]

Crise sociale, crise de l’école

  • Dans le cadre d’une offensive sur tous les terrains visant au démantèlement de l’ensemble des acquis sociaux, le pouvoir a entrepris à marche forcée de réduire le coût de l’école, de changer le statut de ses personnels et de modifier la finalité de l’école. Il y a une volonté de marchandiser le système éducatif, et, plus largement, l’ensemble des services publics, en y introduisant concurrence et rentabilité.L’élite économique internationale n’a plus besoin d’investir massivement dans l’éducation pour touTEs.
  • La visibilité de la finalité sociale de l’école n’apparaît plus ; le mythe de l’ascenseur social s’est effondré, et l’école reproduit (voire aggrave) les stratifications de la société actuelle. Il y a une grande souffrance des élèves, des familles et des enseignantEs devant cette absence de perspectives et devant la crise du sens de l’école et des savoirs.
  • Pour une société refusant l’exclusion et les inégalités, il faut une autre école, et donc des enseignantEs ouverts à des pratiques coopératives, aptes à armer les élèves pour qu’ils/elles puissent critiquer la société dans laquelle ils/elles vivent, et résister aux oppressions.
Enseigner, ça s’apprend !
  • Dans ce contexte, la volonté d’abaisser le coût de la formation professionnelle des enseignantEs s’accompagne d’une offensive idéologique s’appuyant sur les secteurs les plus réactionnaires (négation de toute recherche pédagogique, nouveaux programmes, retour de toutes les formes d’autoritarisme et de normalisation …).
  • Faute de moyens et parfois de projet cohérent, les IUFM n’ont pas atteint certains des buts qu’ils s’étaient assignés :
    • une formation commune des enseignantEs du 1er et 2nd degré, cassant le corporatisme et la hiérarchie des catégories ;
    • une articulation entre savoirs disciplinaires et pratiques didactiques et professionnelles ;
    • une véritable recherche associée à la formation
  • D’autre part, la longue durée des études et l’absence de bourses et d’allocations ont profondément modifié la composition sociale du corps enseignant : les jeunes issus des milieux populaires y sont quasiment absents.
  • Le retour programmé du compagnonnage procède de l’idée totalement absurde qu’enseigner s’apprend par mimétisme. Il s’accompagne de l’idée qu’il ne peut y avoir de savoirs rendant compte des pratiques d’enseignement, et qu’une certaine connaissance des savoirs disciplinaires universitaires suffit pour les transmettre.
  • Dans un tel contexte, des professeurs désignés par les corps d’inspection (premier et second degré) pour « montrer » (formater ?) aux nouveaux enseignants les pratiques normatives attendues se substitueront à toute formation à contenus didactique et pédagogique. Les attaques actuelles contre les Maîtres Formateurs du premier degré témoignent de cette évolution.
  • Une formation professionnelle doit permettre d’outiller les enseignantEs pour pouvoir analyser, réfléchir sur les pratiques et leurs effets en termes d’apprentissage, et construire des réponses appropriées. Pour cela, il est indispensable d’articuler les passages en classe, les savoirs théoriques et ceux qui permettent d’analyser ces pratiques.En aucun cas les stagiaires ne doivent servir à faire des économies de postes sur le dos de leur formation.
  • Une formation professionnelle telle que nous la revendiquons doit permettre d’aboutir au Corps Unique. Elle doit se faire sans relation hiérarchique entre formateurs et personnels en formation. Cette formation doit permettre le développement d’un esprit critique dans le cadre de pratiques coopératives.
Précarité et mastérisation
  • Donner la reconnaissance d’un diplôme universitaire aux étudiantEs s’engageant dans des études pour devenir enseignantEs dans le cadre où la grande majorité d’entre eux-elles finissent par avoir le concours serait un acte ayant du sens. S’engager dans cette voie quand il est annoncé qu’un fonctionnaire sur deux ne sera pas remplacéE, et que des dizaines de milliers de postes sont en train d’être supprimés, en prend un autre :
    • une majorité des étudiantEs obtiendront un master « enseignement » ( ?) sans jamais devenir fonctionnaire ;
    • par contre ils et elles fourniront une masse de précaires (CDI, CDD, vacataires…) à l’image de ce qui existe déjà dans plusieurs pays d’Europe ; [il ne faut pas oublier que cette réforme se fait dans une volonté d’alignement sur un cadre européen le plus libéral possible.] 3
    • ce qui veut dire qu’à terme l’objectif du pouvoir est l’extinction du corps des enseignants fonctionnaires. La disparition de certains concours (CAPES par exemple) est programmée ; elle ouvrira la porte à un recrutement local sur entretien et à un clientélisme comme cela se pratique ailleurs en Europe. ¨Aucune réforme vers la mastérisation n’est donc tolérable sans une augmentation très conséquente du nombre de postes au concours ;
  • aucune réforme n’est tolérable non plus si elle divise encore plus le corps enseignant entre catégories concurrentes : par exemple entre :
    • master « professionnel » pour les uns et master « recherche » pour les autres (agrégés ? ) ;
    • master pro « disciplinaire » pour les certifiés et master pro « pluridisciplinaire » pour les professeurs des écoles.
Les directions syndicales se fourvoient
  • Dès le départ, au nom d’une défense de la hiérarchie catégorielle portée par certains de ses syndicats, la FSU s’est trouvée dans l’incapacité d’avoir une position cohérente sur la formation professionnelle.
  • L’intégration à l’Université se fait dans un contexte de destruction de la formation ; cette intégration s’est faite sans opposition. Là encore, il a manqué à l’ensemble des principaux syndicats une analyse de la cohérence des attaques du pouvoir et une volonté d’y riposter dans l’unité.
  • La volonté du SNES de s’appuyer sur la mastérisation pour négocier une pseudo revalorisation des débuts de carrière annonce un refus de se battre sur les enjeux fondamentaux que sont la liquidation de la formation et celle du statut de fonctionnaire pour les enseignants. Tous les syndicats doivent s’engager dès maintenant sur un refus de toute discussion concernant la liquidation des IUFM.
  • Une intégration des IUFM dans l’Université, conduisant à leur dissolution dans cette université, est un non-sens et un recul pour la formation et pour les étudiantEs ; les syndicats de l’enseignement supérieur, et le SNESUP en particulier doivent refuser clairement les velléités corporatistes de certains universitaires ravis de se partager le « fromage » de la formation.
Refuser la liquidation
  • Il y a une cohérence des attaques, il faut une cohérence de la riposte. Dès aujourd’hui, formateurEs, stagiaires et étudiantEs doivent s’unir pour défendre ensemble le service public d’éducation, le potentiel d’expériences en formation professionnelle accumulé par les IUFM, revendiquer du temps et des débats avec des spécialistes et chercheurEs afin de définir les grandes lignes d’une véritable formation démocratique et de qualité des enseignantEs, incluant de solides exigences universitaires et alternant des périodes de réflexion théorique et des périodes de prise en charge concrète d’élèves.
  • Il ne s’agit pas de demander un « moratoire » qui validerait la « réforme » un an avant sa mise en place ; il nous faut recréer un mouvement social pour défendre et transformer l’école pour touTEs. Dans ce cadre, il faut coordonner un mouvement unitaire de résistance et de reconstruction du système éducatif sur des bases démocratiques, prenant en compte les revendications exprimées ci-dessus.
[1] Dans ce texte, le terme « enseignantE » désigne aussi bien les professeurs du primaire, du secondaire et du professionnel que les CPE, les conseillers d’orientation, les documentalistes, ….