jeudi 12 juin 2008

Pour un modèle 3+2



Le point de vue d'André OUZOULIAS,

professeur en sursis, IUFM de Versailles,

école professionnelle en sursis,
Département PEPSSE (Philosophie, épistémologie, psychologie, sociologie et sciences de l'éducation, discipline en sursis)

POUR UN MODÈLE 3 + 2

Merci aux rédacteurs de ce texte intitulé "Déclaration du Snesup" très documenté, qui facilite grandement la réflexion et l'échange. Toutefois, les arguments critiques qui y sont opposés à un concours bac + 3, se révèlent, à l'analyse, assez artificiels. En fait, ils pourraient être liés à une confusion, assez répandue parmi les collègues, entre concours et recrutement. Pourtant, aujourd'hui, les deux sont déjà disjoints :
  • le recrutement se fait avec la certification en fin de PE2, le concours étant, comme dans les Écoles d'Ingénieurs, une forme de prérecrutement.
  • Un des intérêts de ce concours : il débouche sur le statut de fonctionnaire-stagiaire, qui comporte un salaire et des droits, certes, mais aussi des obligations (et non une garantie de recrutement).
Je cite le document du SNESup :
  • " Les inconvénients :
    • L’année de L3 précédant le concours serait une année de bachotage,
    • l’approfondissement disciplinaire et scientifique qui est nécessaire aussi bien dans le cadre de la polyvalence que dans celui de la monovalence, n’aurait plus guère de place après le concours,
    • Stagnation à bac+3 de la reconnaissance dans la grille de la Fonction Publique.
    • Écart du niveau de qualification attesté par rapport au niveau reconnu dans d’autres professions et d’autres pays,
    • Blocage des éventuelles reconversions des enseignants qui seront considérés comme ayant été recrutés à un niveau bac +3, et ne pourront pas faire valoir les années de formation postérieures à leur recrutement."
Réponse à ces 5 objections :
  • L3 = année de bachotage ? N'est-ce pas un peu ce qu'on reproche au concours actuel en fin de M1 ? Si le concours a lieu en L3, il faut prévoir une préprofessionnalisation progressive en L1, L2 et L3 ; mais il faut éviter aussi que les épreuves du concours exigent des compétences qui seront l'objet de la formation en M1 et M2. Le risque des épreuves exigeant trop précocement des compétences professionnelles est le dogmatisme didactique (le candidat répète un discours didactique qui peut faire illusion…). Ce n'est pas un risque purement hypothétique quand on observe les copies rendues dans certaines épreuves des concours actuels et la difficulté de les évaluer.
  • Le concours à M1 ne change rien à la situation actuelle.
  • Le concours à M2 est-il un concours avec contrôle continu, ce qui serait une première ? Sinon, quelles épreuves ? Une leçon dans une classe, comme pour le CAFIPEMF (aptitude à la fonction de PE maître formateur) ? Qui choisit la classe et le thème ? Les conditions d'équité entre les candidats sont-elles respectées ? Comment les candidats vivent-ils leur formation s'ils sont concurrents ? Élimine-t-on ainsi vraiment le bachotage ?
  • Et comment fait-on pour avoir un vivier à la hauteur et assurer un minimum de recrutement populaire ? À M2, il faut absolument un prérecrutement de grande ampleur, de type IPES, que le gouvernement pourra toujours supprimer quand il le voudra, par exemple au moment de "réviser ses politiques publiques". Concours à M2 (milieu ou fin) = la pire des solutions.
  • Pourquoi l'approfondissement disciplinaire et l'accès à la polyvalence n'auraient-ils pas de place en M1 et M2, si on exige des modules théorico-pratiques qui visent ce type de compétence pour la certification en fin de M2 ?
  • Stagnation à bac + 3 de la reconnaissance dans la grille de la Fonction Publique : on confond concours et recrutement. Si le recrutement se fait avec la certification en fin de M2 , on peut exiger que ce niveau soit introduit et reconnu dans le grille, ouvrant à droit à une mobilité intraeuropéenne et interprofessionnelle.
  • Même réponse à l'objection de "l'écart du niveau de qualification".
  • Même réponse à l'objection du "blocage des reconversions".

En résumé :
  • Concours en fin de M2 = la catastrophe (la déclaration du SNESup en énumère les nombreux inconvénients).
  • Concours en fin de M1 = aucun vrai changement par rapport à aujourd'hui. C'est la solution que semble défendre cette déclaration, de façon assez incompréhensible (en fait, j'ai compris que, s'inscrivant dans le respect de la démocratie syndicale, il veille à ne pas s'écarter des mandats du congrès que le SNESup a tenu récemment à Orsay sur la formation des maîtres, alors que nous ne connaissions pas encore les projets du pouvoir). Cette solution est malheureusement celle du statu quo. Elle est intenable sur le fond. Sur le plan tactique, elle nous affaiblit en donnant le beau rôle à MM. Sarkozy et Darcos et à Mme Pécresse.
Je ne vois pas pourquoi on refuserait une formation 3 + 2 : après trois années de licence comportant une préprofessionnalisation progressive, un concours de recrutement donnant accès à deux VRAIES années de formation professionnelle en alternance, correctement rétribuées et finalement certifiées par un master professionnel, avec reconnaissance de celui-ci dans la grille salariale et ouverture par exemple pour l'accès aux fonctions de formateur, à des masters-recherche. Ce modèle a aussi le mérite d'être celui que défend la CD IUFM, à l'unanimité de ses membres, en se référant à juste titre aux Écoles d'Ingénieurs.

Avantage évident aussi pour le recrutement de jeunes issus des classes populaires (une grande part de l'avenir de l'école se joue là).

On pourrait aussi inciter les PE à approfondir, sur le plan disciplinaire, et didactique une majeure, tant pour devenir point d'appui pour la polyvalence des équipes d'écoles, que pour évoluer éventuellement vers le second degré, en cas de besoin.

Il serait en tout cas nécessaire, à l'occasion d'une refonte de la FdM, de repenser l'articulation entre FI, entrée dans le métier et FC (qui est en fait un point essentiel de la compétence et de l'identité des formateurs IUFM).

Pour conclure : la réflexion et le débat sont indispensables, mais attention à ne pas oublier que le ministre n'a pas ouvert d'espace officiel de réflexion et de négociation. Les hypothèses qu'il retient officiellement pour l'instant vont bien dans le sens d'un concours à M2 ouvert à tous les masters… d'une FP après le concours par compagnonnage et d'une extinction des IUFM…

André OUZOULIAS


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